Alerte aux globules rouges ! Etant actuellement en vacances dans les Alpes italiennes, je n'ai pu m'empêcher d'aller tout à l'heure sur la ligne d'arrivée de la 17ème étape du Tour de France à Pinerolo. J'y ai croisé les plus grosses ordures de France Télévisions, de Gérard Holtz à Jean-René Godard en passant par Thierry Adam, la voix la plus insupportable du mois de juillet, mais ma plus belle rencontre fut incontestablement celle de Michele Ferrari ! Tu ne connais pas ce brave monsieur, celui que l'on surnomme le Diable de l'autre côté des Alpes ? Pas grave, je vais te le faire découvrir à travers cette interview décapante. Attention, prends bien ta respiration car Ferrari n'a pas pour habitude de freiner dans les virages du Galibier...
TB : Salut Michele. Que fais-tu en cette douce après-midi à Pinerolo ?
MF : Je suis venu prendre des nouvelles de mes coureurs. Ce n'est pas tous les jours que le Tour de France passe en Italie...
TB : Justement combien de coureurs as-tu sous tes médicaments aujourd'hui ?
MF : Une dizaine. Essentiellement des italiens même si nos meilleurs coureurs comme Basso et Cunego sont partis depuis quelques saisons chez Fuentes...
TB : Que pense-tu justement d'Eufemanio Fuentes ?
MF : C'est le meilleur docteur aujourd'hui. Et il a les meilleurs coureurs du monde sous ses médicaments...
TB : Tu as été le meilleur dopeur entre 1994 et 2006 avant que Fuentes ne prenne progressivement le pouvoir. Du coup, les fans s'interrogent pour savoir qui est le plus grand dopeur de l'histoire du cyclisme ? Toi ou Fuentes ?
MF : J'ai gagné 23 Grands Tours entre 1994 et 2006 : 7 Tours d'Italie (1 avec Berzin, 1 avec Rominger, 1 avec Tonkov, 2 avec Gotti et 2 avec Savoldelli), 8 Tours de France (1 avec Riis et 7 Avec Armstrong) et 8 Tours d'Espagne (3 avec Rominger, 2 avec Zülle, 1 avec Jalabert, 1 avec Olano et 1 avec Vinokourov) ! Donc je pense encore être devant Fuentes au niveau du palmarès même si ce dernier gagne tout depuis cinq ans avec Contador, Valverde, Basso, Nibali ou Menchov...
TB : Que penses-tu de la réussite d'Eufemanio Fuentes dans le vélo ?
MF : Nous sommes adversaires dans les laboratoires donc c'est difficile. Je constate juste que Fuentes est intouchable en Espagne. La Guardia Civil est tombée sur 58 poches de sang dans son frigo madrilène et rien ne lui a été reproché à ma connaissance. Récemment, il a encore été cité dans l'affaire Galgo mais il continue d'opérer comme si de rien n'était dans son pays...
TB : On sent une certaine jalousie ?
MF : Oui car moi en Italie, on m'a interdit d'exercer pour cent fois moins que ça ! Et aujourd'hui, je dois opérer en cachette pour survivre...
TB : En 1994, tu affirmes que l'EPO n'est pas plus dangereuse que 10 litres de jus d'orange. Regrettes-tu cette déclaration aujourd'hui ?
MF : Absolument pas ! Combien de coureurs sont morts en prenant de l'EPO tout en sachant que 90% du peloton en prenait au milieu des années 1990 ?
TB : Pantani, Jimenez... (il coupe sec !)
MF : C'étaient des junkies. Ils ne sont pas morts du dopage mais de la drogue, c'est différent. De plus, ils ne courraient pas sous mes médicaments...
TB : Peut-on gagner un Grand Tour aujourd'hui sans avoir recours à l'EPO ?
MF : Depuis que l'EPO existe, personne n'a gagné un Grand Tour sans en prendre. C'est bien pour ça que votre petit français dont je ne connais même pas le nom ne peut pas gagner ce Tour de France...
TB : OK mais comment expliquer que Voeckler soit toujours en jaune si près de l'arrivée ?
MF : Il a bénéficié de circonstances de course. Et puis, il y a un problème d'acheminement de la dope cette année. L'histoire du soigneur de Gilbert en début de course a foutu la merde. Les douaniers sont sur les nerfs. Par exemple, je sais que personne n'a pu transfuser son sang dans le Massif Central lors de la première journée de repos. C'est pour ça que le spectacle a été inexistant dans les Pyrénées et que votre petit français est toujours en jaune...
TB : Rassure-nous Michele, le peloton s'est bien transfusé lors de la deuxième journée de repos avant les Alpes ?
MF : Oui, il suffit juste de voir comment Contador a attaqué hier dans Manse et aujourd'hui dans Pramartino. Et je pense que ce n'est que le début...
TB : Que penses-tu de la présence d'Alberto Contador sur ce Tour alors qu'il a été contrôlé positif au clenbutérol l'an passé sur cette même course ?
MF : Contador s'est fait prendre pour une quantité infime de clenbutérol dans le sang. C'est un peu comme si un parrain de la drogue se faisait prendre pour avoir vendu un bout de shit sur le trottoir d'une cité. Faut relativiser, ce n'est pas avec ça que Contador démarre à 35 km/h en haute montagne...
TB : Et sa défense tournant autour de la contamination d'une vache espagnole ?
MF : La vache, c'est juste d'essayer de faire croire ça à vous, grands niais de français ! Evidemment que sa défense ne tient pas débout mais on s'en fout entre nous...
TB : Contador peut-il encore gagner ce Tour malgré son retard au classement général ?
MF : Bien sûr que oui ! Il reste quand même 5 cols hors-catégorie d'ici Paris et il n'est qu'à deux minutes d'Evans à ce que je sache. Alberto a les meilleurs produits dopants à sa disposition, il peut donc le faire...
TB : Tu vois donc un match Evans - Contador arbitré par les frères Schleck ?
MF : Les frères Schleck, ils me font marrer ces dandys. Ils ne courent pas de l'année pour être soit disant au top sur le Tour mais leur problème ce n'est pas la dope, juste la conduite de leur vélo. Ils s'entraînent tellement peu qu'ils n'arrivent même pas à descendre un col à plus de 50 km/h ! Donc oui, je vois bien un match Evans - Contador sur cette fin de Tour. L'inconnu, c'est Evans. Personne ne sait vraiment avec quel docteur il travaille. Et on ne fait pas deux fois deuxième du Tour de France en buvant de l'eau sucrée...
TB : Malgré ton retrait progressif du milieu depuis quelques saisons, tu gardes un oeil avisé sur le Tour de France...
MF : Forcément car le dopage c'est ma passion ! Quand j'ai pris Armstrong sous mes médicaments en 1998, il était gros et cancéreux. J'en ai fait un septuple vainqueur du Tour de France, ce n'est pas la classe ça ?
TB : Si. Ton principal cobaye sur ce Tour de France s'appelait Alexandre Vinokourov. Le voir finir dans un ravin de la descente du Pas de Peyrol t'a contrarié ?
MF : Oui parce que je lui avais concocté un programme sur mesure afin qu'il puisse finir sur le podium à Paris. Avec un peu de chance, il aurait même pu gagner et montrer sur les Champs un tee-shirt à ma gloire : "In EPO I trust, in Ferrari I drive !"
TB : A la place, c'est un client du docteur Fuentes qui risque de l'emporter ?
MF : Oui et c'est bien ça qui me chagrine...
TB : Dernière question avant que je te laisse aller doper tes coureurs dans ton camping-car derrière le podium protocolaire, quel scénario vois-tu demain lors de l'étape-reine entre ici et le Galibier ?
MF : Je vois une attaque fulgurante de Contador dans l'Izoard avec seulement les frères Schleck qui peuvent le suivre. Les trois tournent dans la Casse Déserte à plus de 30 km/h quand un rocher se détache de la montagne pour écraser Franck. Andy énervé par ce coup du sort attaque dans la descente et meurt à son tour en loupant un virage. Contador aborde donc le Galibier seul en tête avec plus de cinq minutes d'avance sur le groupe Evans lancé à sa poursuite. Mais à trois kilomètres du sommet, Alberto coince sévèrement. Il appelle sa voiture pour se faire piquer par Fuentes faisant exceptionnellement l'étape avec Riis. Les commissaires du Tour voient la manipulation sanguine et le mettent immédiatement hors course. Du coup, c'est Evans qui va gagner l'étape et le Tour lorsqu'un chinois opposé à l'indépendance du Tibet le poignarde mortellement devant la stèle Henri Desgrange. Votre petit français remporte finalement l'étape légendaire du Galibier et vous continuez tous à rêver de sa victoire à Paris !