Salut gros, j'étais persuadé avoir entamé une grève de post pendant au moins cinq semaines mais l'actualité me force à sortir momentanément de mon coma artificiel dans lequel l'été caniculaire m'a plongé...
Sache que j'ai vécu un week-end particulièrement déjanté. Jeudi dernier, alors que je glandais avec l'enthousiasme d'un premier ministre d'une république bananière, Marc Rosset m'a invité à assister au match du deuxième tour de la Zone Europe-Afrique entre la Suisse et le Portugal à Berne. J'ai dans un premier temps refusé mais le roi du Java a insisté en me vendant du rêve, notamment la présence de Rodgeur, et là il m'est subitement devenu beaucoup plus difficile de dire non. Un peu comme lorsque ton meilleur pote te propose de venir en soirée alors que t'as la tête dans le cul et qu'il finit par te convaincre car il a donné rendez-vous sur place à une tripotée de bonasses...
J'ai donc pris le premier TGV vendredi matin pour la capitale helvétique afin de me retrouver vers 13 heures dans les loges de la Bern Arena. Je ne te raconte même pas l'ambiance. Tous les suisses étaient en transe devant le retour du Maître moins d'un an après la trahison d'Astana qui avait provoqué leur disparition du Groupe Mondial. Niveau tennis, on repassera. Stan et Rodj' ont fait le strict minimum contre des portugais aussi doués techniquement que mes potes du TC Melun Val de Seine mais l'essentiel était surtout de gagner !
Loin des critiques de puristes à deux francs cinquante, nous avons passé la soirée à s’imbiber dans le vieux Bern chauffé à blanc pour l'occasion. Marc n'a encore pu s'empêcher de faire le show en serrant pas moins de cinq suissesses alémaniques en l'espace de deux heures. Complètement torché, il a même fini par plonger la tête la première avec l'une d'entre elles dans l'Aar vers trois heures du matin. J'ai cru que le fleuve allait s'ouvrir en deux sous le poids des quinze pintes qu'il avait descendu dans la nuit...
Après ça, je ne me souviens plus trop. Je me suis réveillé vers 18 heures dans le centre-ville de Gap, 400 kilomètres plus bas. Ne me demande surtout pas comment j'ai atterri dans la préfecture des Hautes-Alpes car je ne saurai te répondre. Toujours est-il que j'ai filé directement au Final, le club du 05, pour une soirée des plus rocambolesques où j'ai assuré à max... à en croire la couverture du Dauphiné-Libéré le lendemain matin : "Bientz s'envoie en l'air au Final ! Le coureur francilien, auteur du doublé Paris Nice - Tour de France au printemps, et qui envisage ouvertement le triplé au Dauphiné dans deux mois, a montré hier soir tout l'intérêt qu'il portait à notre course..."
Sache que j'étais remonté comme le Rodj' à Wimbledon contre Nadal en découvrant cet article scandaleux. J'ai immédiatement contacté le journal et pris rendez-vous avec un certain Manu, spécialiste vélo au Dauphiné qui a pondu ces quelques lignes de chiasse ! Tu parles d'un spécialiste le mec. Il fait tous les jours huit kilomètres à bicyclette entre son domicile de Novarey et son taffe à Veurey-Voroize. Il monte aussi soit disant tous les week-ends la côte de Lans en Vercors à un rythme stratosphérique. Je n'ai donc pu m'empêcher de l'inviter à me défier sur le Galibier, plutôt que par voie de presse interposée. Nous avions ainsi rendez-vous à Briançon lundi vers 13h00. Guillaume Prébois et son projet Moonrider étant de passage dans la région, il m'a prêté le temps d'une après-midi son Cervélo R3, une vraie bombe entre nous !
Manu, 40 berges et père de quatre enfants, s'est pointé en Renault Espace avec un vieux Decathlon sur le tarmac de la gare. J'ai tout de suite compris à quel genre de blaireau j'avais affaire. Le genre de mec qui n'a jamais fait le moindre exploit de sa vie et qui rêve constamment à travers les autres dans son quotidien morose à souhait. La rage aussi d'un gars marié à 20 ans qui n'a jamais pu serrer la moindre gapençaise en boîte de nuit. La jalousie encore d'un bonhomme qui n'a jamais monté le moindre col hors-catégorie de sa petite existence de journaleux. La pure vie de looser en quelque sorte ! Et bien sache que ça a continué pour ce blaireau de Manu. Le type a voulu m'impressionner dès le pied du Galibier. Il est monté à bloc croyant pouvoir me lâcher à la pédale. Si bien que lorsqu'on est arrivé dans le dur, à quatre-cinq bornes du sommet, il était cuit. Et il a reculé sévèrement dès mon premier démarrage. Deux lacets plus loin, en me retournant, je l'ai même aperçu affalé comme un lézard sur le bord de la route, son cœur venait de céder...
Porté par la foule en délire, j'étais maintenant lancé comme un avion à la conquête du Géant des Alpes... quand une Ford Mustang Shelby me déposa devant la stèle Henri Desgrange ! Tu ne me croiras peut-être pas mais la grosse cylindrée était pilotée par Monsieur Baloo en personne, ex-parrain de la drogue en zone Ile-de-France. Avec à ses côtés, comme copilote, la fraîche et ravissante Marla Singer. J'ai toujours su que ces deux-là s'entendaient comme larrons en foire. Les retrouver à 180 km/h dans le Galibier m'a donc à peine surpris. Ce qui m'a surpris, c'est qu'ils ont pris le temps de faire le dernier kilomètre avec moi. Baloo, complètement hystérique, hurlait tel un supporter basque de l'ETA sur les pentes du Tourmalet quand Marla se contentait d'admirer discrètement mon corps d’athlète sur ces dernières pentes extrêmement sévères...
Arrivé en haut, Baloo me lança un défi : les 18 kilomètres de descente sur Valloire en moins de 10 minutes ! C'est ainsi que nous avons fait Galibier - Plan Lachat en 4 minutes et 22 secondes à 113 km/h de moyenne avant que je ne perde le contact dans une ligne droite interminable. Nous nous sommes tous les trois retrouvés tranquillement à Valloire autour d'un verre. La Ford Mustang avait réussi l'exploit de rallier le sommet du Galibier à la chic station savoyarde en 9 minutes et 41 secondes, soit à 127 km/h de moyenne, quand mon Cervélo R3 présentait un honnête temps de 11 minutes et 27 secondes pour 102 km/h de moyenne ! Dans le feu de l'action, j'en profitais même pour me lancer dans une conversation des plus osées : "La légende dit que vous copulez ensemble, est-ce vrai ?" Baloo me répondit sourire en coin : "Aussi vrai que le Kaiser ne souffre pas dans les cols mythiques !" Vu l'état de ma gueule, j'en déduis facilement que je gardais toutes mes chances avec Marla, même si entre nous je pense être davantage doué pour toucher le cœur d'un journaleux qui se prétend cycliste dans le Galibier que celui d'une bombe atomique en Shelby...