J'avais laissé Guillaume Prébois un jour de printemps 2012 dans le massif de l'Esterel. L'homme, de nature optimiste, s'entraînait avec un léger spleen en évoquant le milieu du vélo professionnel infecté de toute part, sa vie, ses défis et quelque part son avenir. Par manque de sponsors, Il avait dû renoncer à Highroads, l'ascension des plus hauts sommets de chaque continent, et cela le laissait plus ou moins sans objectif pour 2012.
Finalement, une société bretonne a bien voulu subventionner ses rêves d'escalader les cinq toits du monde. Après le Tour de France en 2007, les 3 Grands Tours (Giro+Tour+Vuelta) en 2008, le Tour du Monde en 80 jours en 2009 et Moonrider en 2011, Highroads se présentait donc comme le dernier grand défi du fréjusien d'adoption !
Du Khardung-La en Inde, plus haut sommet routier au monde (5602 mètres), au Kotisephola (3250 mètres) au Lesotho, en passant par le Mauna Kea (4207 mètres) à Hawaï, le Pico Veleta (3398 mètres) en Espagne et le Chacaltaya (5395 mètres) en Bolivie, Guillaume n'a cessé de s'élever ces neuf derniers mois.
L'aventure Highroads s'inscrivait dans le prolongement de celle de Moonrider où Guillaume avait grimpé jusqu'à l'épuisement en 2011 pour atteindre la distance Terre-Lune en mètres de dénivelé : + 400 000 mètres ! Il avait accompli ce défi en seulement sept mois et demi, franchissant plus de 200 cols en France, Italie, Espagne... et avalant 2300 mètres de dénivelé en moyenne par jour de vélo !
Dans sa conquête des toits du monde, l'homme a voyagé dans des contrées lointaines, à des années-lumière des préoccupations de l'européen occidental ! Il a grimpé pour la première fois en VTT, les hautes sphères du globe étant souvent trop mauvaises pour se laisser conquérir en vélo de course. Il y a subi de terribles défaillances comme dans le Mauna Kea, l'ascension la plus exigeante possible avec 4200 mètres de dénivelé en un peu moins de 70 kilomètres ! Il a également perdu une dent sur le haut du Chacaltaya après une chute dûe au manque d'oxygène. Il a aperçu en Himalaya la vraie misère. Celles de gens pauvres mais vrais qui vivent à l'isolement total, à une altitude où le commun des mortels ne pourrait même pas respirer plus de 30 minutes sans suffoquer...
En 2012, Guillaume Prébois a donc de nouveau repoussé ses limites. Celles de l'altitude, de l'apesanteur et de sa propre folie conjuguées ! En six ans de vélo à l'eau claire, il a parcouru quatre fois le tour de la Terre et gravi près d'un millier de cols sur les cinq continents. Il dit avoir découvert l'humilité puis progressivement la sagesse. Celle qu'il lui permet de pédaler seul en marge du système sans se soucier des déviances de son sport corrompu à l'image de notre société contemporaine gangrenée de toute part...
Le cap de la quarantaine atteint, Guillaume prétend avoir moins envie de repartir dans un grand projet en 2013. Il se dit fatigué de devoir aller pleurnicher aux portes des grandes entreprises françaises pour demander une somme dérisoire qu'on ne lui accordera pas... mais qui partira en fumée dès le lendemain dans un séminaire grotesque. En cela, Guillaume se marginalise encore un peu plus. Le rouleur-grimpeur découvre enfin la liberté : être entièrement maître de ses choix et de ses actes dans sa vie de coureur cycliste hors norme ! Le Guillaume Prébois des années à venir ne pourrait donc en être qu'encore plus renversant...