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Dealer chez Bobby (21.10.10)

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Salut gros, tu ne devineras jamais la nuit de merde que j'ai vécue aujourd'hui. J'ai pris mon service comme prévu à Téhéran vers minuit et demi. De là, un taxi m'attendait pour m'emmener à Bobet. Une fois arrivé sur place, les emmerdes ont commencé. Point d'armée rouge, ni d'armée verte, mais l'armée bleue qui tenait l'entrée du site tel Nadal sa ligne de fond de court en finale de Roland-Garros...

 

Je n'ai pas cherché, j'ai fait le tour du complexe en douce pour me diriger directement sur mon engin... que l'armée bleue avait préalablement pris soin de saboter ! Ah putain, on se serait cru en juin 1944. J'ai mis une demi-heure à remettre mon tramway en état de marche et me suis cassé avec mes 700 mètres de convois chez Bobby...

 

Bobby ? Je te présente vite fait le truc. Je crois que c'est l'endroit où je me suis fait le plus chier au monde ces trois dernières années. C'est aussi là qu'un soir, pétant les plombs, j'ai décidé de créer ce blog complètement déjanté. Pour chasser toutes les idées noires qui me taraudaient l'esprit. Mais je me suis malgré tout endormi avant qu'un mec daigne se présenter face à moi pour me faire quitter les lieux !

 

Franchement, Bobby c'est le tiers monde. Cités, bidonvilles, prostituées, grand banditisme, camps de Roms, trafics divers, il n'y a rien à faire ici de bien bandant. Des tours de béton à perte de vue avec juste, au milieu de ce gigantesque ghetto, un terrain de foot en synthétique. C'est à peu près la seule chose qui ne me donne pas envie de vomir. Pour que la dèche soit totale, mon portable ne capte jamais ici. Tout est donc brillamment mis en place dans cette contrée hostile pour pousser les gens au suicide...

 

Après une bonne heure de glande, Bobby décide de me lâcher enfin en direction du nord-ouest. Mais les petits malins de l'armée bleue de Bobet ne sont pas encore au lit malgré l'heure avancée de la nuit. Ils jouent avec l'alerte radio comme des gosses jouent au légo. Pour empêcher de faire rouler les trois seuls tramways de la nuit. Du grand art. Je suis donc contraint de m'arrêter après cinq kilomètres à une bifurcation. Dix minutes. Dix minutes fatales...

 

Et oui, mon pote, s'arrêter à trois heures du matin dans la cité de Bobby, c'est comme se pointer à seize heures dans la tour de la Défense, c'est l'heure de pointe ici ! J'ai eu la mauvaise idée de stopper mon tramway hyper long sur un passage à niveau stratégique. Cette erreur va causer ma perte. Car sur ce passage transite la moitié du trafic nocturne de Bobby. Alcool, tabac, drogue, putes... cet endroit est un peu le pont de Tancarville en Normandie si tu vois ce que je veux dire !

 

Mon convoi étant arrêté en courbe, je peux apercevoir une armée de lascars passée sous mon tram. Vont-ils le dépouiller comme au temps du Far West ? Vont-ils y mettre le feu ? Vont-ils juste m'attaquer à la Kalachnikov ? Finalement rien de tout ça, et c'est plutôt inespéré. Mais, dix minutes plus tard, au moment de repartir, impossible de me remettre en marche. Stoppé en montée, je pense alors subitement que je n'ai pas assez de puissance pour me relancer de moi-même. Je demande donc le secours. On m'envoie une pousse. Déjà une heure et quart de baisée...

 

La pousse ne change rien au problème. J'en déduis donc un sabotage sur mon convoi. Et je trouve en effet, après une demi-heure de recherche, une clé en mauvaise position. Une clé curieusement située pile sous le fameux passage à niveau, enfoiré de Bobby ! En continuant ma visite, je tombe nez-à-nez sur une racaille complètement défoncée. "Wesh cousin, t'aurais pas un peu de shit steuplé ?" J'avais envie de lui répondre que j'étais arrêté là depuis trois plombes juste pour dealer du cannabis, espèce de tocard ! Mais j'ai préféré sauvegarder ma vie, comme il y a un mois avec Pierrot le Molosse, et je me suis donc arraché sans demander mon reste...

 

Pour régler l'incident, j'ai finalement parcouru plus de trois kilomètres à pied, dans la nuit de Bobby, par -5°C, sur une piste minable, le long d'un convoi rempli de matières dangereuses et d'une cité bourrée de merdeux. Un sacré bad trip entre nous...

 

Lorsque je suis enfin reparti, après deux heures et demie de neutralisées, inutile de te dire que j'ai ressenti un putain d'orgasme. Comme quoi, il en faut peu pour rendre un nanti heureux. Le directeur du réseau m'a arrêté un peu plus loin. J'étais soit disant trop en retard pour continuer jusqu'à mon terminus. Les heures de pointe en période de grève, il y a toujours trop de circulation à gérer pour ces gens-là...

 

J'ai donc appelé mes grands amis savoyards pour me renseigner sur la suite des opérations. J'ai eu comme d'habitude un mal de chien à les joindre. Bah oui, avec les premières neiges sur les Alpes, ils se sont tous barrés faire du ski. Les Ménuires, Val-Thorens, Courchevel, Méribel, Pralognan, ça leur cause davantage qu'un simple tramway Bobet - Omaha avec tête à queue chez Bobby si tu vois ce que je veux dire...

 

Au final, ces vedettes m'ont commandé depuis leur téléphérique un deuxième taxi. Pour Omaha Beach, cette fois-ci. Je suis arrivé là-haut à dix heures du matin au lieu de sept. J'ai fait au final vingt kilomètres de tram pour deux cents kilomètres et trois cents euros de taxi ! Une nuit mythique qui m'a fait pas mal réfléchir sur Bobby. Et je crois que je vais prochainement me reconvertir. Car la drogue ici est décidément moins dangereuse que le chemin de fer...

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