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Un 11 septembre à New York (11.9.10)

 

Lorsque je me remémore le 11 septembre 2001, je me souviens d'une excellente journée à l'échelle de ma petite personne. Une embauche dans la boutique dont je rêvais depuis tout petit, assortie d'un énorme bras d'honneur à mon lycée de merde et au système scolaire dans son ensemble, je ne pouvais raisonnablement espérer mieux comme jubilé d'étudiant.

 

A l'échelle du globe, ce 11 septembre 2001 était nettement moins bandant. Surtout de l'autre côté de l'Atlantique. Alors lorsque je m'élance ce matin de l'agglomération grenobloise pour une énième journée de baston dans le Vercors, je pense 11 septembre. L'ennemi ici comporte trois lettres, il se prénomme DDE. Ce dernier intercepte des routes quotidiennement sans raison apparente. Si ce n'est maintenir des emplois fictifs dans la région. Désolé les mecs, mais impossible pour moi de voir les choses autrement lorsque je constate qu'en cinq venues par chez vous, vous avez toujours contrarié ma progression. J'ai même failli laisser ma peau sur le Tour de France 2009 dans les Gorges de la Bourne à cause de votre zèle. Je ne vous aime pas les gars et vous me le rendez bien. Encore aujourd'hui, vous avez décidé de me faire chier. Et vous avez encore réussi. Impossible pour moi de rallier Valence sans faire un monstrueux détour. Alors allez tous vous faire foutre une bonne fois pour toutes !

 

Je suis donc contraint de revenir sur Grenoble après cent dix bornes et trois cols sur les hauteurs de Lans en Vercors. Il est 16 heures lorsque j'embarque dans mon TGV privé mais tous les regards sont déjà tournés vers New York où un Comanche au bras gauche digne d'un joueur de rugby commence son entreprise de démolition du Caporal de Moscou. Le Caporal de Moscou, c'est ce type davantage doué pour s'écraser de rage sa propre raquette sur la gueule que pour lutter au corps à corps avec le taureau de Manacor. Par conséquent, la mise à mort du sergent chef d'Irradié s'effectue sans la moindre résistance. Et je comprends immédiatement que la finale de demain sera quoiqu'il arrive compliquée pour le survivant de l'autre demi-finale...

 

Federer est comme à chaque Majeur face à l'histoire. Face à son histoire. Face à ses records. Mon frère l'a bien compris. Il a pris un zinc dans la précipitation pour Big Apple. Officiellement pour signer un contrat juteux avec un célèbre horloger suisse. Officieusement pour encourager le Maître à conquérir son dix-septième Grand Chelem. Fidèle à lui-même, il a fait sa valise à l'arrache le matin même après une nuit blanche passée à coder entre deux grattages de cul du chien enragé des Baléares. Il y a mis dedans deux des plus célèbres autistes de la planète. J'ai bien évidemment nommé là l'inégalé, et d'ailleurs inégalable, Guillaume Chatton ainsi que son golden boy de compère Flo. Emmener sur son porte-bagages deux érudits de cette trempe aux States, c'est comme partir au Japon en mai 1945 avec deux bombes atomiques dans la soute arrière si tu vois ce que je veux dire. Les dégâts peuvent rapidement se chiffrer en milliers de morts. Avec de graves dommages collatéraux. Mais l'oncle Ben a eu la bonne idée de ne pas détourner sur Flushing Meadows le Boeing de mon frangin. Sinon le Monde aurait perdu en une fraction de secondes quatre des plus grands génies de notre histoire contemporaine : les trois tarés précédemment décrits dans l'avion ainsi que sa Majesté de Bâle en train de s'échauffer avec sa Rolex dans les travées du stade.

 

Aussitôt débarqué à JFK, l'objectif de mon frère était de foncer le plus vite possible à Flushing. Il lui fallait pour ça impérativement se débarrasser de ses deux compagnons de chambrée qui n'en ont strictement rien à branler du tennis. Pour Flo, pas de problème. Mon frère lui a trouvé en trois minutes une pute javano-bolivienne dans les toilettes même de l'aéroport. Pour Chatton, ça a été un peu plus compliqué. Il a fallu le monter dans la tour de contrôle pour qu'il puisse se détendre en compagnie d'une ravissante hôtesse de l'air norvégienne, un autre standing quoi !

 

Après ça, mon frère a pris un hélicoptère en première classe pour le Arthur Ashe. Il s'est posé directement sur le Central afin de ne pas perdre une seconde. Mon pote Marc Rosset était censé l'attendre là-bas sur place. Mais il s'était momentanément absenté pour aller refaire la dentition de Frankenstein qui était resté à NYC malgré son élimination prématurée contre Stan, le voyant du Java, dans l'espoir de conclure avec cette boulangère de Bartoli. Échec sur toute la ligne pour Dumbo les grandes oreilles. Le scottish est rentré dans ses Highlands de merde les mains complètement vides et la tête bien dégonflée par la nervosité de la vodka de Marc.  

 

Une fois ces petits problèmes de timing réglés, Rodgeur et Nole ont enfin pu investir le court. A six mille kilomètres de là, confortablement installé dans mon canapé en compagnie de la femme que je n'ai pas, j'étais comme une puce, dans un état de transe absolu. Voir mon frère avec Marc Rosset commenter à la TSR une demi-finale de Grand Chelem du Maître, ça a une sacrée gueule je trouve ! Putain, je te jure que j'étais vraiment trop fier de mon frangin. Je me suis dit qu'avec le roi du Java à ses côtés, il allait pouvoir chier abondamment sur le Djoker toute la durée du match, et même sur Nadal et Meuhray pendant les changements de côté, les deux autres guignols du top 4 Mondial. Ce qu'il n'a pas manqué de faire...

 

Le match en lui-même ? Est-il raisonnable de revenir sur  un nouveau drame labellisé 11 septembre ? Rodgeur n'a assurément pas livré le meilleur match de sa carrière en demi-finale de Grand Chelem mais il était quand même à un point de s'offrir une finale de rêve contre le Comanche espagnol. C'était la quatrième fois d'affilée qu'il jouait Djokovic à l'US Open. Il l'avait jusqu'à là toujours battu, même si ça s'était souvent joué sur des détails. Et là, les détails ont tourné en l'avantage du clown de Belgrade. On ne peut pas gagner à tous les coups mon pote. Même lorsque l'on s'appelle Roger Federer et que l'on est le plus grand tennisman de tous les temps. C'est ce qu'on finit par se convaincre mon frère et Marc dans la nuit étoilée de Central Park. Non sans avoir refait vingt fois le match auparavant une bonne bière à la main...

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