Comme tu le sais, Alberto Contador a remporté dimanche son deuxième Tour d'Espagne à Madrid. Etant consultant pour la TVE pendant ces trois semaines de course, je ne me suis pas gêné pour saluer le retour au sommet de la moto de Pinto... qui m'a offert grâce à sa victoire un appart flingué sur la butte de Montjuïc à Barcelone ! A deux semaines du départ de mon Tour de Catalogne, l'occasion était donc trop belle pour déblatérer un ramassis de conneries au quotidien madrilène As comme il y a trois mois avant ma Vuelta...
AS : Hola Emperador Bientz, quoi de neuf depuis ta Vuelta a España ?
TB : Pas mal de choses. J'ai conquis en juin toutes les préfectures françaises puis récemment tous les cols alpestres français. Entre les deux, j'ai aussi fait Thonon - Trieste, une course de malade que mon leader Gilberto Simoni a remporté haut la main !
AS : Les spécialistes disent de l'autre côté des Pyrénées que tu es moins fort que l'an passé...
TB : Des conneries ! J'ai certes moins roulé qu'en 2011 mais je ne suis pas pour autant moins fort. Je suis sur les bases de 90 sorties et 150 sommets comme en 2010. Et sur le point de réaliser un deuxième triplé d'affilée Vuelta - Trieste - Catalunya après celui de l'an dernier Nice - Tour - Dauphiné !
AS : Alberto Contador a révélé il y a quelques heures vouloir t'offrir un appart de 150 mètres carré sur les hauteurs de Barcelone suite à ton soutien du printemps. Alors ça y est, tu deviens un culé de catalan ?
TB : Non, juste un espagnol lambda. J'avoue que j'ai un peu de mal à comprendre votre inimitié entre provinces autonomes. Vous critiquez beaucoup la France mais hormis les bouzeux de bretons et les mafiosis de corses, personne ne réclame l'indépendance de l'autre côté des Pyrénées ! Même en PACA, ils ne sont pas assez cons pour ça...
AS : Car l'Espagne est au grand Madrid et aux autres régions qui parlent le castillan ! Ceux qui baragouinent le catalan, le basque ou le galicien ne méritent pas d'être espagnols. A ce propos, Contador parle castillan et a gagné la Vuelta devant le catalan Rodriguez. C'est bien la preuve que nous sommes les plus forts non ?
TB : Contador était juste plus chargé que Rodriguez, ça s'arrête là. La drogue n'a rien à voir avec ces théories franquistes à deux pesetas ! En parlant de pesetas, vous faîtes quand brûler Angela la bruja responsable selon vous de tous les maux de la péninsule ? Hormis parler de foot et de crise, vous faîtes quoi en Espagne ?
AS : On applaudit le retour de Contador ! Pensais-tu vraiment que le madrilène allait gagner cette Vuelta 2012 ?
TB : Au printemps dernier pendant que Rodriguez s'épuisait sur le Giro, je pensais que cela serait une formalité pour Alberto. Mais Fuentes a remis sur pied Purito plus rapidement que prévu. A tel point qu'après le triptyque asturien, je croyais sincèrement qu'Alberto allait devoir s'avouer vaincu. Et puis, il y a eu cette étape incroyable de Fuente Dé ! Il faisait tellement chaud le 10 mai dernier que je m'étais arrêté à Potes. Alberto avait tenu à finir au pied des Picos de Europa, il avait comme un pressentiment...
AS : Pour avoir suivi en long et en travers cette Vuelta a España, qu'en retiens-tu ?
TB : C'était une course très bien tracée, bien mieux que le dernier Tour de France ! Les protagonistes étaient tous motivés et Fuentes a offert un spectacle de très haute facture. J'ai été littéralement bluffé par le niveau de Rodriguez. Valverde marchait aussi fort qu'avant sa suspension et Contador était à son meilleur niveau, comme toujours sur les Grands Tours !
AS : Comment expliquer que trois de nos compatriotes squattent les trois premières places à Madrid avec dix minutes d'avance sur le quatrième ?
TB : J'ai mon idée derrière la tête mais le mieux serait de demander à un docteur qui a récemment dit : "Si je parle, on retire le Mondial et l'Euro de football à l'Espagne" !
AS : Une course de folie pareille te donne t-elle envie de refaire un jour le Tour d'Espagne ?
TB : Etant donné que je m'installe pour un petit moment ici, la Vuelta devient quasi obligatoire pour moi. Je ne dis pas que je la courrai tous les ans à partir de 2013 mais il y a de fortes chances... si je ne suis pas arrêté par une bombe atomique Plaça Catalunya !
AS : Tout le monde veut savoir si tu doubleras l'an prochain deux Grands Tours et si oui, lesquels ?
TB : AICAR ou pas, doubler deux Grands Tours reste très difficile. On l'a bien vu avec Froome, Van den Broeck ou De Gendt qui n'avaient pas ici leur niveau du Giro ou du Tour ! Je suis comme Contador, j'attends de voir la révélation des parcours pour me décider. La Vuelta, j'ai bien évidemment envie de la refaire car cela me semble naturel maintenant. Le Giro, j'en rêve car c'est le dernier des trois Grands Tours qu'il me manque... même si je sais que cela sera difficile avec la barrière de la langue, les bagnoles allumées et les cols inhumains ! Le Tour reste la course la plus dure au monde avec un parcours qui s'annonce extraordinaire pour la 100ème édition...
AS : Au Cuitu Negru, je t'ai surpris avec Contador en train d'évoquer aussi le triplé Giro - Tour - Vuelta en 2013...
TB : Les trois Grands Tours sont le rêve de tout coureur cycliste... mais le rêve ultime serait bien évidemment de les boucler la même année, histoire de faire un bras d'honneur absolu au monde comme Guillaume Prébois a pu le faire en 2008 ! Pour cela, il faudra faire la Vuelta en avril, le Tour en juin et le Giro en septembre ou alors la Vuelta en avril, le Giro en mai et le Tour en juillet comme avant 1995... et ça me semble compliqué sans AICAR !
AS : Tu courras à la fin du mois ton premier Tour de Catalogne. Pourquoi ?
TB : Après la Vuelta, j'ai eu très vite envie de revenir en Espagne. Et après avoir gravi tous les cols des Alpes françaises, je rêve maintenant d'escalader tous les cols pyrénéens ici, en Andorre comme en France ! J'ai beau prendre le problème dans tous les sens : pour parvenir à réaliser un jour cet objectif barré, je dois empiler les courses par étapes dans les Pyrénées. Le Tour de Catalogne s'inscrit dans ce sens...
AS : Giro, Tour, Vuelta, Catalunya, Tournai-Bâle, Pontarlier-Udine, Thonon-Menton, Collioure-Hendaye, 3 Ventoux et 500 kilomètres en 24 heures, tu te vois vraiment faire tout ça comme tu l'as évoqué récemment au creux de l'oreille d'une amie ?
TB : Oui, c'est pour ça qu'elle s'est barrée...
AS : Dernière question, le 29 septembre prochain pour ton passage à Barcelone, entreras-tu au Nou Camp comme lors de ta dernière Vuelta ?
TB : Etant donné que le Barça joue ce soir-là à Séville, je pense que cela peut se négocier. Mais il y aura évidemment bien moins d'agitation et de folie que le 23 mai dernier dans la cité barcelonaise car c'est juste la Catalogne et qu'il restera encore deux jours de vélo derrière...