Alberto Contador está de vuelta ! Et il vous fait un énorme bras d'honneur. Un mois après son retour de suspension pour contrôle positif au clenbutérol dix chiffres après la virgule, le madrilène a remporté hier dans sa ville natale son deuxième Tour d'Espagne en autant de participations ! Au bout d'une course folle dans le nord de la péninsule, la moto de Pinto est parvenue à devancer une forte opposition nationale emmenée par un Alejandro Piti Valverde retrouvé et un Joaquim Purito Rodriguez plus fort que jamais ! Après un Tour de France catastrophique, retrouver trois espagnols aux trois premières places de la Vuelta, cela signifie bien qu'Eufemanio Fuentes a repris la main de l'autre côté des Pyrénées contre l'armada anglaise aicarisée de Christopher Froome. Retour sur trois semaines de folie dans la roue d'Alberto !
1ère étape : Pour avoir reconnu cette Vuelta 2012 hyper montagneuse en ma compagnie au mois de mai dernier, Contador sait à quoi s'attendre en s'élançant de Pampelune. Il roule d'entrée très fort dans la ville du roi Miguel avec son équipe Saxo-Bank qui fait jeu égal avec la surpuissante Sky de Christopher Froome. Mais c'est la Movistar d'Alejandro Valverde qui s'impose d'entrée à la surprise générale !
2ème étape : Après 33 ans à snober le Pays Basque, la Vuelta revient comme l'an passé chez les petits bonhommes oranges qui n'avancent plus depuis depuis trois ans et la perte de leur meilleur médecin. Première arrivée au sprint de la Vuelta à Viana et première victoire du surpuissant John Degenkolb qui, originaire de l'ex-RDA, connaît tout des bonnes vieilles recettes qui marchent toujours...
3ème étape : Première étape vallonnée classique du Tour du Pays Basque. Igor Anton montre d'entrée ses limites sur ses terres pendant que Contador produit quatre accélérations dans la bosse finale d'Arrate. Le moteur est grippé après six mois de repos et c'est Valverde qui l'emporte d'un souffle à Eibar devant Rodriguez. Froome a tenu et prend la troisième place, Alberto fait quatrième dans le même temps que les autres scooters ! Valverde passe leader.
4ème étape : Première arrivée en altitude et première polémique sur ce 67ème Tour d'Espagne. La Sky qui a plus ou moins provoqué la chute de Valverde au prix d'une bordure à 30 bornes du but ne l'attend pas. Le murcian aborde Valdezcaray avec une minute de retard au pied et tente de boucher le trou avec son coéquipier Quintana. Froome et Contador le laissent mourir à 15 secondes du restant du peloton avant de démarrer, ce qui condamne son retour. Simon Clarke, un australien venu de la piste, l'emporte échappé dans l'anonymat le plus total contre la machine à rouler Tony Martin. Valverde perd une minute dans l'opération et Rodriguez devient leader.
5ème étape : Valverde insulte les anglais de traître dans la presse suite à leur manoeuvre déloyale de la veille et promet vengeance sur la route ! Froome, Contador et Rodriguez refusent de polémiquer. John Degenkolb se balade une deuxième fois dans les rues de Logroño en l'absence des meilleurs sprinters du monde...
6ème étape : Etape caniculaire en Aragon avec une nouvelle arrivée en côte à la citadelle de Jaca. Froome démarre au kilomètre, Contador coince prétextant des crampes et Rodriguez consolide son paletot de leader en l'emportant facilement devant Froome et Valverde. Il y a quatre caïds sur cette Vuelta et les autres...
7ème étape : Sur le circuit automobile d'Alcañíz, John Degenkolb prouve bien qu'il a la meilleure cyclindrée du plateau des sprinters. Il l'emporte facilement au bout d'un faux plat montant à 57 km/h. C'est sa troisième victoire d'étape en une semaine, impressionnant !
8ème étape : Deuxième arrivée au sommet sur cette Vuelta et première grosse passe d'armes dans la Gallina. Au plus fort de la pente, Contador démarre et croit partir gagner l'étape en Andorre. Froome tente de limiter l'écart mais il est contré aux 300 mètres par un démarrage surpuissant des sprinters de la montagne que sont Valverde et Rodriguez. Ces deux derniers soufflent dand l'ordre la victoire semblée promise à Contador. Froome lâche 15 secondes dans l'affaire...
9ème étape : La Vuelta arrive à Barcelone via la bosse rude de Montjuïc que Rodriguez connaît et apprécie. Celui-ci démarre, seul Philippe Gilbert peut suivre. Après une saison blanche, le belge s'impose, Purito fait deuxième et récupère encore du temps sur l'ensemble de la meute. Chez lui, avant la première journée de repos, le catalan possède près d'une minute d'avance sur ses trois poursuivants !
10ème étape : De la Catalogne à la Galice, il n'y a qu'un avion à prendre. Les leaders de cette Vuelta se sont tous rechargés en Catalogne avant d'embarquer au Prat de Llobregat. Fuentes attend cependant tous ses chicos à Ponteareas pour vérifier les niveaux afin de faire la nique au kényan blanc qui a laissé, par précaution ou suffisance, son médecin et sa tente hyperbare... chez son pote Wiggins à Londres ! John Degenkolb n'en a que faire et remporte une quatrième victoire à Sanxenxo devant le champion de France Nacer Bouhanni.
11ème étape : Lors du seul chrono individuel de ce Tour d'Espagne, Fredrik Kessiakoff l'emporte facilement. Le suédois, battu sur le dernier Tour de France au classement du meilleur grimpeur par Thomas Voeckler, ce petit homme vert, faux modeste et vrai tête de con, qui s'est mis à escalader subitement à 32 ans, s'est mué en rouleur le temps d'une chaude après-midi galicienne. Il court comme Tonton Vino pour Astana alors on comprend mieux. Contador finit deuxième du contre-la-montre et vient mourir à une seconde au général de Rodriguez. Les quatre galactiques se tiennent en une grosse minute...
12ème étape : Encore une arrivée en côte sur cette 67ème Vuelta des plus spectaculaires. Comme souvent, c'est Alberto Contador qui secoue le cocotier au kilomètre... et Purito Rodriguez qui l'emporte en haut ! Tout le monde a pété à la roue au Mirador de Ezaro du duo infernal du docteur Fuentes...
13ème étape : Lors d'une étape de transition, c'est Steve Cummings qui l'emporte échappé. Lassé de porter les bidons d'un australien vieillisant sur le dernier Tour de France, ce roule-toujours britannique non aicarisé règle ses compagnons de fugue après un effort violent dans les derniers hectomètres. La Sky se mord les doigts car elle est toujours fanny...
14ème étape : Première étape du tryptyque asturien. Contador se démène comme jamais pour lâcher Rodriguez mais il ne fait péter que Froome et dans une moindre mesure Valverde. Au Puerto de Ancares, Purito lui reprend encore du temps en remportant sa troisième victoire d'étape en rouge, monumental !
15ème étape : La bataille de Covadonga a bien lieu comme à chaque fois que la Vuelta revisite ce haut lieu du cyclisme. Froome coince définitivement et reconnaît sa défaite pendant que la bande des trois espagnols ne se lâche pas d'un centimètre ! Statu quo aux lacs où Piedra, un nobody andalou de la Caja Rural, banque espagnole en manque de thunes et de dope, l'emporte avec courage. Lloyd Mondory, un type avec qui je faisais des courses de quartiers étant jeune, fait troisième là-haut...
16ème étape : Les organisateurs de la Vuelta ne manquent décidément pas de folie ! En mai dernier sur mon Tour d'Espagne, j'avais escaladé le Pajares en compagnie de Contador et découvert que les trois derniers kilomètres menant au terrible Cuitu Negru n'étaient toujours pas asphaltés. Alberto avait gravi le mur sur la piste en terre et admis que les pourcentages étaient horribles, dans la lignée du flingué Angliru planté à une trentaine de kilomètres de là ! Mais avec du bitume, la moto de Pinto se permet d'attaquer Purito dans les passages à 20%. Les deux stars espagnoles s'envolent une nouvelle fois mais c'est Rodriguez qui prend une nouvelle fois les bonifications en haut. Cataldo s'impose échappé devant De Gendt, les deux aillant failli finir l'étape à pied...
17ème étape : Lors de la journée de repos à Santander, Joaquim Rodriguez est épié par les contrôleurs de l'UCI qui le suspecte de ne pas marcher à l'eau claire après son Giro de feu du printemps. Ce dernier leur propose de surveiller plutôt ses adversaires Contador et Valverde de retour de suspension et toujours aussi forts qu'avant. Mais les vampires n'en ont cure et Purito ne peut pas se transfuser à sa convenance comme les motos de Pinto et de Murcie. En Cantabrie, Contador démarre dans un petit col à 50 kilomètres de l'arrivée, sa 22ème attaque depuis le départ de Pampelune. Sans équipier, Rodriguez ne réagit pas, espérant boucher le trou dans la dernière montée avec Valverde. Mais Alejandro le contre au bas de Fuente Dé, réglant la dette de Valdezcaray où la Katusha de Rodriguez avait suivi le mouvement des Sky ! Contador s'impose épuisé au pied des Picos de Europa en rupture totale d'hormones. Le madrilène devient leader devant Valverde qui a superbement réagi et Rodriguez qui s'est lui écroulé !
18ème étape : Purito sait qu'il a laissé passer la chance de sa vie, celle de remporter un premier Grand Tour après avoir déjà perdu un Giro à sa portée en mai dernier contre un nobody canadien d'une équipe à peu près propre. Il regrette le temps où il courait sous le même maillot que Valverde... et déjà souvent pour sa gueule ! Le cyclisme d'aujourd'hui se joue sur des détails avec le resserrement des valeurs engendré par le dopage. Un contrôle malvenu, une alliance de circonstance, une communication maladroite et l'on peut tout perdre, c'est bien ce qui lui est arrivé ! Bennati l'emporte au sprint à Valladolid en la mémoire de Weylandt...
19ème étape : Dans les rues de Segovia, Philippe Gilbert s'offre une seconde victoire d'étape au terme d'une énième arrivée en bosse. Valverde et Rodriguez reprennent du temps à Contador mais, avec environ deux minutes d'avance sur ses compatriotes, la moto de Pinto peut voir venir avant la dernière étape de montagne programmée demain...
20ème étape : Parce que les espagnols manquent de sommets mythiques mais pas d'imagination, ils en créent ! Après l'Angliru, le Cuitu Negru, les organisateurs ont bétonné les trois derniers kilomètres du Bola del Mundo, une montagne du Système Central dans le prolongement de la Navacerrada où les madrilènes se ruent chaque hiver pour aller skier, trois derniers kilomètres aux pourcentages abominables inaugurés en 2010 par la victoire de Vincenzo Nibali ! Deux ans plus tard, les aficionados sont surexcités par le retour au sommet de leurs meilleures chaudières. Rodriguez, piqué dans son orgueil et dans ses veines, démarre au plus fort de la pente. Il fait péter Valverde et Contador. Ce dernier paré du maillot rouge sur le dos s'arrache comme jamais, poussé par 30 000 madrilènes en furie tous acquis à sa cause. En haut, le vieux Menchov qui n'avance plus depuis deux ans... et la révélation de son indice de suspicion élévé au passeport biologique, l'emporte détaché devant Porte qui ne sauve donc pas la Vuelta calamiteuse de son équipe Sky ! Purito reprend du temps mais reste troisième derrière Valverde et le Pistolero qui dégaine à son passage sur la ligne d'arrivée. Les trois fusées de Fuentes sont arrivées à bon port sur la Boule du Monde...
21ème étape : Cinquième victoire d'étape au sprint pour l'insatiable John Degenkolb dans les rues de Madrid où Valverde chipe in extremis le maillot de meilleur sprinter et du combiné à son ex-coéquipier Rodriguez. Contador passe la ligne en montrant le chiffre 7 avec ses doigts : 2 Giros, 3 Tours et 2 Vueltas ! Si l'on oublie l'épisode palois du Tour de France 2010 et ce maudit steack avarié qui n'en était bien évidemment pas un, la moto de Pinto a remporté autant de Grands Tours qu'un certain Lance Armstrong... sur la route ! Alberto Contador est un imposteur et il le sera toujours. Mais prendre deux années de suspension rétroactive par l'UCI pour une transfusion sanguine infimement clenbutérolisée, c'est un peu comme tirer deux ans de taule à VSD pour avoir roulé une pelle à cette allumeuse de Marla Singer. A Alberto comme à moi, c'est arrivé... mais cela n'enlèvera jamais en rien notre classe naturelle sur un vélo ! Et aujourd'hui, nous sommes bien les vainqueurs de cette Vuelta 2012...