C'est ce que l'on appelle vingt-quatre heures bien chargées. Au sens propre comme au figuré. J'ai débarqué hier à Téhéran pour une mission des plus kamikazes : tirer un convoi de 1800 tonnes sous une pluie battante jusqu'à Dijon ! Et ce n'est pas la sympathique jeune femme croisée dans le hall d'embarquement, juste avant de partir en guerre, qui y a changé quelque chose. Mon engin patinait comme jamais avec toute cette flotte qui descendait du ciel tels des aces d'Andy Roddick sur Flushing Meadows. J'ai attaqué le col de Blaisy, le Galibier du Morvan, à 90 km/h pour basculer, trente bornes plus loin, à seulement 30 km/h ! Inutile donc de te dire que je me suis bien chié dessus tout seul dans mon tramway...
Je suis arrivé à Dijon à 23h30. Gérôme qui avait sauté en parachute d'un avion Paris - Tunis dans l'après-midi m'a rejoint vers minuit à la gare. On s'est enfilé un kebab avant de lancer les hostilités. Les hostilités ? Choper de la dijonnaise. Ou plutôt m'aider à choper de la dijonnaise car lui n'est officiellement plus sur le marché depuis quelques semaines. Comme il continuait à tomber des hallebardes, nous avons renoncé à marcher jusqu'au centre-ville et sommes rentrés illico presto dans le premier bar. Il y avait là un videur sur le perron aussi commode que Pierrot le Molosse. S'il nous a bien fait comprendre que le parisien en mission n'était pas le bienvenu ici, nous avons malgré tout investi les lieux...
Aussitôt à l'intérieur, il n'a pas fallu plus d'un quart d'heure pour que Gérome ne branche deux gonzesses. Le mec, il a dix ans d'expérience à travers le Monde. Il a serré sur à peu près toutes les îles où il est passé, de Pointe-à-Pitre à Auckland ! Alors inutile d'avoir fait l'ENA comme Madame Bisounours pour savoir que Dijon, pour mon Gégé, c'était juste du training day. Ou plutôt du training night si tu vois ce que je veux dire...
J'ai compris à ce moment-là tous les avantages de sortir avec un black aussi joueur que tchatcheur en soirée. Il fait seul sur une piste de danse ce que Zidane réussissait sur un terrain de foot : contrôle orienté, prise de balle, passement de jambes, dribble, roulette et passe décisive pour l'avant-centre qui n'a plus qu'à pousser la balle au fond des filets. Et moi ce soir, j'étais Trézéguet, c'est-à-dire le gars qui attend pendant une heure et demie dans la surface de vérité les caviars de son génie d'équipier !
Je vais te faire une confidence : gérer deux dijonnaises en chaleur dans un hôtel ferroviaire, c'est un peu comme une mission de l'ONU en Afghanistan... pas évident ! Surtout que Gérôme, en bon vieux crevard qui se respecte, n'avait pas de pied à terre pour la nuit. Tu vas certainement me dire que ce détail n'était pas important. Bah si, car s'il ne comptait pas baiser ce soir, il espérait quand même dormir ailleurs que sur un quai de gare. Et moi, je me voyais mal m'enfiler deux chaudasses avec lui à côté qui aurait compté les points...
J'ai donc renoncé au gang bang. La mort dans l'âme car j'étais techniquement prêt à déverser ma moutarde de Dijon jusqu'au plafond. A la place, je me suis donc endormi avec Gérôme à mes côtés dans un lit d'un mètre de large. On appelle ça la solidarité masculine !
Une demi-heure après s'être endormi, l'antillais avait déjà déployer ses tentacules, se croyant certainement avec celle qu'il aime. Du coup, il m'a fait tomber du pieu. Je ne te raconte même pas la chute pour moi qui en deux heures étais passé d'un plumard potentiellement chargé de deux bonasses à un plancher pourri où je n'avais que pour seul horizon mon meilleur pote ronflant comme un ministre de l'UMP... le tout dans mon propre lit !
Au réveil, le noir était mort de rire en découvrant la situation peu glorieuse du blanc sur le parquet... ou les conséquences de l'abolition de l'esclavage en France ! Mais Gérôme n'a pas fanfaronné longtemps lorsque je lui ai rappelé que sa rentrée dans la capitale se ferait en soute arrière pour manque de budget. Ou un juste retour à la normalité : le blanc en business class, le noir en clandestin !
Mais ce n'était là que le premier set démentiel de ce vendredi 12 novembre 2010...