Bon, ça y est, je suis à Londres. J'ai chopé à l'arrache mon TGV en gare du Nord, comme d'hab' j'ai envie de dire ! J'ai bien voulu dormir un peu pour récupérer de ma nuit explosive chez l'ami Charles. Mais figure-toi que j'ai eu la mauvaise idée de m'asseoir juste à côté d'une milf de Newcastle qui, elle, n'avait visiblement pas fait l'amour depuis la Guerre du Golfe ! Elle m'a branché direct dans un français impeccable. J'ai simulé être espagnol mais elle maîtrisait également parfaitement la langue de Nadal. Alors je me suis mis à baragouiner les trois mots d'allemands que Federer m'avait enseigné : "Ich bin der Kaiser Bientz, König der Alpen und Champion der Tour !" Elle m'a répondu du tac au tac : "Ich ging ganz Europa haben Sex mit Männern..."
Je n'ai évidemment rien compris à ce qu'elle me disait... jusqu'à ce qu'elle ne pose sa main droite sur ma jambe gauche ! Là, j'ai commencé à flipper grave ma mère. Me taper une vieille étiquetée England dans les chiottes d'un Eurostar après une bombe atomique française et avant une poule de luxe suédoise, c'est un peu comme pour mon pote Nico s'enfiler un kebab à Argenteuil après un déjeuner au Fouquet's et avant un dîner à l'Elysée. Il préfère nettoyer ça sagement au kärcher, question d'hygiène, et il a bien raison entre nous...
Bref, pour sortir de ce tunnel autrement plus long que celui sous la Manche, j'ai finalement dû avancer que j'étais gay. Elle en a renversé son Doctor Pepper dégueulasse sur son beau tailleur Norton & Sons. J'étais tellement mort de rire qu'elle s'est mise à m'insulter de tous les noms d'oiseaux qui lui passaient par la tête. Ou un bref aperçu de la grosse conne de mère d'Andrew Meuhray que je devrais supporter tout à l'heure dans les travées de l'O2 Arena !
Après ce voyage magique en Eurostar, j'ai débarqué vers midi à St Pancras. Ça faisait près de quinze ans que je n'avais pas foutu les pieds à Londres. Je me souviens que l'an passé, j'avais failli y revenir après mon triomphe dans le Tour de France. Nico m'avait reçu après une soirée cocaïnée dans ses bureaux pour me brancher sur un projet fou : rallier Paris à Londres... en vélo... et en moins de 24 heures ! Si t'es allé un peu à l'école, tu sais mieux que moi qu'il y a de l'eau entre Calais et Douvres qui a tendance à contrarier légèrement ce genre de défi...
Alors mon blaireau préféré voulait installer, le temps d'une nuit, un plancher dans le tunnel sous la Manche afin que ma bicyclette puisse émerger du côté de Folkestone. Si tu avais vu comme moi Nico 1er me lancer : "Hey Kaiser, Pépito m'a dit qu'en 2006 tu as fait 400 kilomètres de Paris à Nantes en 20 heures de selle ! Alors Paris - Londres, c'est à peu près le même défi pour un champion de ta trempe..."
Je lui ai demandé cash quel était le but de son projet aussi ridicule que sa pouffiasse de Carlita. Ils m'a répondu qu'il voulait rassurer l'opinion publique sur la sécurité du tunnel. C'est vrai que si un campioni sortait de cette galerie remplie de pollution après 320 kilomètres de vélo depuis Paname, ça allait inciter les rosbeefs pétés de thunes à emprunter plus souvent l'Eurostar... J'ai accepté son projet à la seule condition que je puisse montrer mon cul à Margaret une fois arrivé dans les jardins de Buckingham. Tu ne me croiras peut-être pas mais le Nico a refusé. Du coup, ce projet fou n'a jamais vu le jour. Et il n'y a pas pour autant moins de connards d'anglais qui se rendent toute l'année à Paris !
St Pancras, me voilà donc pour suivre la première journée du Masters de Londres dans l'O2 Arena et son impressionnant dôme du millénaire jonchant les bords de la Tamise. Il n'y a pas grand chose de bien bandant Outre-Manche, mais une journée de tennis dans cette enceinte mythique, ça aurait presque le don de faire durcir un cadavre en hibernation !
Je ne sais pas si tu te souviens de cette poursuite surréaliste dans la scène d'ouverture du Monde Ne Suffit Pas ! James Bond traque en bateau une brunasse aussi nerveuse de la gâchette que ma bombe atomique du string. Ils finissent tous les deux dans une montgolfière qui explose. 007 se rétame la gueule sur le dôme de l'O2 Arena après une chute d'une centaine de mètres. N'importe quel homme, aussi baraqué et chanceux qu'il soit, serait mort sur le coup, colonne vertébrale fracassée. Pas le James. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il est comme moi, il a la classe et ça, tu ne peux pas test' !
La gare St Pancras est située à seize kilomètres de là. Dire qu'à Paris, on a Bercy et Roland-Garros à moins de huit kilomètres de la gare du Nord. Bon OK, je t'admets que les infrastructures du POPB et du French Open sont aussi modernes que l'homme de Néandertal, mais elles ont au moins le mérite d'être plus proche du centre. On ne peut décidément pas tout avoir. Et moi, je n'ai justement pas de solution pour me rendre à l'O2, même avec l'iPhone 4 de ma copine. Toutes ces applications de merde sur son téléphone me rendent juste dingue. Dire que j'ai bouclé trois mille kilomètres lors de mon Tour de France l'an passé sans consulter la moindre carte routière... ça t'en bouche un coin mon pote ? Souviens-toi cependant dans une époque pas si lointaine que les blaireaux jouaient avec des pogs, qu'ils se branchaient avec des tatoos, qu'ils me faisaient déjà pitié et qu'ils arrivaient à survivre sans iPhone ou BlackBerry ! Je veux juste te dire par là que les temps changent mais que les cons restent...
Devant ce fiasco qui se précise, il ne me reste plus qu'une solution : téléphoner au Rodj' ! Mais est-il debout à une heure aussi matinale pour lui ? Hum, Milka Chocolat a bien dû le réveiller en allant faire son shopping de merde à Oxford Street. Alors je l'appelle et tu ne devineras jamais sur qui je tombe ? Marc Rosset, le seul, le vrai, l'unique ! Comme la Vavrinec est en ville partie déglinguer les millions amassés par son champion, mon pote Marc en a profité pour investir incognito la suite federienne. Ils en sont déjà à trois bouteilles de whisky. Le roi du Java, complètement déchiré, me parle d'une préparation commando pour dégommer du spannish : de David Ferer ce soir 20 heures, 21 heures pour toi, à Rafael Nadal dimanche prochain ! Optimiste le Marc, moi je te dis quand on regarde du plus près la saison du Maître et la profondeur de son verre...
Bon inutile de préciser que ces deux éméchés ne m'ont pas donné le moindre renseignement pour me rendre dans la salle londonienne la plus chaude du moment. Heureusement que je me suis souvenu avoir posté l'autre soir sur facebook une photo du Rodj' paradant sur la Tamise. C'était ma dernière solution pour ne pas rater l'ouverture de la Masters Cup. Comme 007, j'ai piqué un bateau près de Tower Bridge, acheté une place au black à un irako-hongrois aussi louche que l'Oncle Ben et me suis pointé pile à temps dans une Arena pleine à craquer. Meuhray - Söderling débutait au même moment. Entre le hamster des Highlands et la brute de Stockholm sur le court, je préfère sans hésitation la girlfriend de Robin en tribune, Jenni Moström ! Ça tombe bien, elle est là, à seulement trois rangées de moi, toute mignonne avec sa jupette et son débardeur transparent. Si, à Bercy, la semaine dernière, je n'avais rien tenté avec elle, c'était juste pour ne pas décevoir mon frère. Aujourd'hui la donne a changé. Lo n'est plus là et puis il m'a vu dézinguer pas plus tard que cette nuit l'autre bombe atomique. Donc tu ne m'en voudras pas frangin si ce soir je fricote avec Jenni...
Entre deux services dans le bas du filet de Dracula, je me faufile jusqu'à elle et me mets à la draguer en anglais. Je t'avoue tout de suite que Jenni cause rapidement au meilleur Thierry Bientz possible, celui qui fait grimper n'importe quelle européenne au rideau : "Are you the golden boy who loocked me in Bercy ?" "Year baby, you're the most beautiful Swedish I've never seen !" Bref, inutile de te préciser que le niveau de notre échange en tribune est bien plus élevé que celui en bas du court où Frankenstein hurle à chaque faute directe de ce pauvre Robin. Dire que Monsieur Husky va perdre cet aprem bien plus qu'un match de tennis n'est pas une utopie. Jenni, folle de rage de voir son Robin se faire démonter par Dumbo les grandes oreilles, veut aller gifler sa fucking mother insupportable dans son box de merde comme à l'accoutumée. Sage et raisonné, je lui explique que ce genre de problème écossais se résolve davantage au lance-roquettes qu'à la main...
Et puis Jenni s'est mise à pleurer dans mes bras lorsque Robin a perdu. Son Husky s'est barré sans demander son reste en lui envoyant juste un sms : "Je suis trop en colère contre moi-même pour pouvoir passer la soirée avec un être humain. On se revoit demain ma belle..." Bon, bah inutile de te dire que le Kaiser s'est engouffré dans la brèche comme le roi du Java dans son verre. En dehors de Robin Söderling, quel être humain pourrait refuser une soirée en tête-à-tête avec Jenni Moström ? Toi peut-être... si t'es le roi des cons. Pas moi en tout cas !