Lundi 14 janvier 2013, je m'entraîne seul en Provence entre Avignon et Aix lorsque je m'arrête pisser à la sortie de Jouques au pied du col du Grand Sambuc. Une jeune femme parfaitement posée sur un VTT dernier cri me double alors sur ma gauche à toute allure. A peine le temps de remonter en selle qu'elle est déjà loin. La poursuite s'engage à plus de 20 km/h sur les faux plats cabossés de la Sainte Victoire. Comment une gamine peut-elle monter aussi vite en VTT ? Justement parce que celle-ci n'est pas une gamine comme les autres...
Après deux kilomètres de chasse effrénée, je la rejoins le visage marqué par ce long sprint violent. Elle me lance, sourire en coin : "Tu t'es donné beaucoup de mal pour me rattraper". Je lui réponds provocateur : "Autant que tu t'en es donnée pour que je ne te rejoigne pas". Au fur et à mesure que la pente se redresse, la conversation s'enclenche naturellement entre nous deux...
La fille que j'ai rejoint péniblement dans le Grand Sambuc n'est autre que Leonarda, 24 ans, et seule française engagée l'an passé sur le mythique Norseman que j'ai récemment vue dans l'Intérieur Sport de Canal+ ! Réputé pour être l'Ironman le plus dur au monde, Leonarda a mis 15h10 pour parcourir les 226 kilomètres au programme de l'infernal triathlon norvégien : 3,8 kilomètres de natation dans de l'eau à 13 degrés, 180 kilomètres de vélo sur un relief tourmenté... avant 42,195 kilomètres se finissant sur l'irréel Gaustatoppen à 1880 mètres d'altitude !
Avant d'en venir aux sports extrêmes, Leonarda a grandi à Avrillé dans l'agglomération angevine. Issue d'une famille sportive, elle s'est mise à nager dès le plus jeune âge en compagnie de sa soeur jumelle Donatella. A 16 ans, elle se lance dans la course à pied mais pratiquer ces deux sports est devenu rapidement incompatible avec ses études (baccalauréat scientifique avec mention très bien suivi de EDHEC Business School à Lille).
Elle passe alors sur le triathlon et les trails en compagnie de sa soeur Donatella. Cette dernière l'entraîne progressivement sur les Ironman. En 2011, les soeurs remportent dans leur catégorie d'âge l'Ironman de Nice, se qualifiant ainsi pour les championnats du monde d’Ironman à Hawaï où Leonarda ne se rendra pas trop occupée par ses études et son travail en alternance. Elle s'essaie à la place à son premier vrai ultra-trail : la CCC (Courmayeur, Champex, Chamonix), un trail de 98 kilomètres autour du Mont Blanc.
Leonarda termine ses études en 2012, obtient un job à plein temps en Provence dans une grande société de sports et déménage dans la foulée à Pertuis où elle trouve des conditions d'entraînement plus propices à ses défis extrêmes : "Le Luberon est en bas de mon appart, la Sainte Victoire devant mon travail et le Ventoux jamais très loin... Ici, on peut s'entraîner dur toute l'année sous le soleil. Cela me change du froid, du plat et des pavés du nord !"
Jeune, fraîche, petite par la taille (elle mesure 1m57), grande par sa personnalité, Leonarda détonne dans le milieu du triathlon... comme elle aimante les regards ! Abordable et sensible, elle court et pédale avec son style caractéristique, tout en souplesse. Alors que les jolies filles de son âge ont tendance à se noyer dans le vide du paraître, Leonarda nage elle comme une fusée à la surface du globe...
La native d'Angers n'a pas eu une enfance difficile contrairement aux autres sportives hors norme qui poussent leurs corps dans leurs ultimes retranchements. Guidée par la passion du sport et de la nature, elle se sent juste totalement elle en plein air, là où sa vie l'appelle ! Ferme avec le dopage, la petite n'hésite également pas à briser les codes, comme quoi une fille belle en France peut faire du sport à un niveau élevé...
En 2013, Leonarda vise l'Embrunman en août (Ironman dans les Hautes-Alpes) et la Diagonale des Fous en octobre (ultra-trail à La Réunion). Si vous parcourez la Provence à pied, à vélo ou à la nage, peut-être que vous l'apercevrez s'entraîner au détour d'un virage assassin ! Car Leonarda est une fille pressée qui n'a pas le temps. Elle avance seule sans jamais se retourner...