En direct du Monte Carlo Country Club où Fabian Cancellara récupère tranquillement de sa quadruple fracture de la clavicule devant le quart de finale de Coupe Davis opposant la France aux USA. Le magnétophone est branché alors prends garde : même sans épaule, le scooter de Bern pétarade toujours aussi fort !
TB : Salut Fabian, comment te portes-tu depuis ta chute dimanche dernier au Tour des Flandres ?
FC : Salut mec. Ecoute, cela pourrait aller mieux. Je suis tombé stupidement au ravitaillement à 60 bornes de l'arrivée. C'est dommage parce que cela intervient dans la semaine la plus importante de ma saison et que j'avais des jambes de feu...
TB : Etais-tu plus fort que les années précédentes pour ces classiques flandriennes ?
FC : C'est difficile à dire. Tous les ans, je suis à mon pic de drogues en avril. Avec Cecchini (son docteur), on avait mis au point un produit révolutionnaire qu'on avait testé cet hiver en soufflerie. Cela fonctionnait très bien. Il manquera toujours le test terrain, c'est regrettable pour les chercheurs qui ont investi des millions dans cette campagne de classiques...
TB : C'est avec ce produit fantastique que tu avais couvert échappé le dernier kilomètre de Milan - San Remo à 58 km/h de moyenne après 297 bornes de course ?
FC : Absolument ! J'ai même cru pouvoir gagner un instant. Tu as vu que Nibali n'a même pas pu lever le cul de sa selle au sprint alors qu'il était dans mon aspiration depuis le Poggio ?
TB : Oui, c'était presque irréel. Et sinon, pensais-tu pouvoir battre Tom Boonen sur le Ronde dimanche dernier comme à Roubaix après-demain ?
FC : Evidemment que oui ! Ce n'est pas parce que Van Mol (le docteur de l'équipe Omega Pharma-Quick Step) fait tourner maintenant Boonen et ses boys à l'Aicar qu'ils allaient me priver de ces deux monuments ! L'Aicar, moi je l'utilise depuis 2010. Mais Cecchini avait découvert un truc bien plus puissant cette année. Un truc qui ne pouvait pas me faire perdre à la régulière...
TB : Tu parles de ton fameux produit dopant ou... d'un nouveau vélo motorisé ?
FC : Du produit uniquement ! Le vélo motorisé, on l'a abandonné. C'était trop risqué depuis que l'UCI faisait des contrôles techniques à l'arrivée des courses. On s'est concentré sur la dope, c'est toujours ce qui marche le mieux en terme de transparence...
TB : Depuis combien de temps te charges-tu la gueule ?
FC : Depuis que j'ai commencé le vélo ! Après, plus tu cours dans de grandes équipes, plus le doping program se professionnalise...
TB : Sans le docteur Cecchini, tu aurais nettement moins gagné ?
FC : C'est évident. Je dois beaucoup à Cecchini, je suis un peu son cheval de course...
TB : Et à son ami le docteur Fuentes ?
FC : Fuentes est juste un type qui bonifie du sang dans son frigo ! Je pense qu'il faut rendre à Spartacus ce qui appartient à Spartacus. Mes succès, je les dois à moi et à Cecchini qui me file les meilleurs produits toute l'année pour être en forme... et négatif aux contrôles !
TB : Tu penses que le rôle de dopeur d'Eufemanio Fuentes a été trop mis en avant ces dernières années ?
FC : Complètement ! Je le dis et le redis : Fuentes est juste un mec qui possède d'immenses réfrigérateurs pour stocker des globules rouges ! Les médias croient qu'il est le cerveau du dopage mais ils se trompent. Fuentes est juste le leader de la grande distribution sanguine en Europe. Mais en aucun cas c'est un préparateur comme Luigi Cecchini ou Michele Ferrari !
TB : Des types comme Alberto Contador ou Rafael Nadal ne gagnent donc pas juste grâce au docteur Fuentes ?
FC : Non, Fuentes est juste une couverture, un fusible prêt à sauter à tout moment ! Il est payé pour cela. C'est un simple serviteur du dopage...
TB : Tout le monde sait que tu es proche de Roger Federer. Vous vous préparez ensemble chez le docteur Cecchini ?
FC : Non. Nous nous admirons beaucoup l'un l'autre mais Rodj' a un talent inné pour le tennis. Contrairement à Nadal ou Djokovic, il n'a pas besoin d'être constamment chargé pour évoluer à son meilleur niveau. De plus, le tennis repose au moins autant sur le talent que sur le physique. Alors que le vélo, c'est 10% de talent et 90% de doping !
TB : Tu as donc choisi le mauvais sport...
FC : Non car je n'ai aucun autre talent que celui de me doper !
TB : On te connaissait moins humble, plus fier...
FC : Evidemment que je ne tiendrai pas ce genre de propos si je m'adressais à un journaleux du Matin ! Maintenant, je parle à un mec qui connait le milieu du sport et par ricochet le dopage. Depuis trois jours, je suis redevenu un mec ordinaire. Un simple millionnaire qui se la pète sur la Riviera en ne faisant rien de sa vie ! Dimanche dernier, j'ai perdu une épaule en Belgique. Lundi, je me suis fait opérer dans le trou de Bâle. Spartacus a pris un coup au moral, voilà tout...
TB : Quel va être ton programme dorénavant ?
FC : D'abord, un mois relax à récupérer. Je ferai ma rentrée fin mai au Tour de Bavière. Après, je pars en cure d'oxygénation avec les frères Schleck pour le Tour de France et les Jeux Olympiques. J'espère que cela se passera mieux que pour les flandriennes...
TB : Un mot sur ce match de Coupe Davis opposant la France et les USA ?
FC : Franchement, je m'ennuie ferme ! Les types ne sont pas préparés par de bons scientifiques. Ils soufflent beaucoup trop entre chaque point. J'espère que dans une semaine pour le Masters 1000, il y aura plus de niveau sanguin. Avec Nadal et Djoko, je ne me fais pas trop de soucis...
TB : Et pour finir, un pronostic sur Paris - Roubaix dimanche ?
FC : L'équipe Pharma Omega de Boonen sera clairement favorite. Ils ont l'Aicar et plusieurs poches de sang dans leur coffre. Mais gare à la chute, à la crevaison, au passage à niveau qui se referme ou au contrôle inopiné qui part en freestyle ! Les victoires ne tiennent souvent pas à grand chose en vélo...