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Frimer à la 77 (10.4.10)

 

Ça y est, on est le 10 avril, c'est la grande foire du 77 à Vaux-le-Pénil. C'est "la 77". Plus d'un millier de vélos. Un autre millier de cyclistes. Et quasiment autant de pétasses sur le bord de la route venues spécialement ricaner entre elles. "T'as vu comment il a un beau cul celui là ?" "Ah oué mais moi je préfère ses petits mollets bien épilés !" Bref, aujourd'hui c'est la foire mon pote. Un vrai défilé de mode. Des mecs qui se prennent pour le roi Eddy à chaque coin de rue. Avec des vélos que même certains pros ne peuvent pas s'offrir...

 

Tout ça tranche avec le chaos qui se prépare. Les gars sont tout sourire, bon chic, bon genre. Mais, tout à l'heure, dans les champs de la Brie, ils auront tous le couteau entre les dents à s'insulter entre eux. Certains en arrivent même chargés comme des mules. Il n'y a rien à gagner à l'arrivée, si ce n'est la gloire éphémère auprès des pouffiasses. C'est toujours ça de pris peuvent-ils se réjouir le soir en bombant le torse devant leur glace.

 

S'il y a bien un milieu qui ne connait pas la crise, c'est le vélo. A chaque fois que je me ramène sur cette course de cons, je vois du haut de gamme. Et je ne te parle même pas du level des biatches. Tu me demanderas alors certainement pourquoi je ramène ma tronche ici. Franchement, avec le temps qui passe, je ne sais plus trop. Peut-être que finalement, je kiffe ça aussi quelque part. Cette opulence, ce paraître, ces bonasses postées à tout bout de champ. En tout cas, je débarque à Vaux-le-Pénil dans un état de forme précaire. J'ai peu roulé cet hiver, trop occupé que j'étais à sortir, baiser et picoler. Alors aujourd'hui, je sais que je vais devoir serrer les dents.

 

150 bornes, plus de 40 km/h de moyenne, c'est le tarif pour gagner la 77. Moi qui ait déjà roulé à plus de 38 km/h sur cette course en buvant seulement de l'eau sucrée sait de quoi je parle.  Il n'y a qu'ici que je me vois faire 150 bornes en quatre heures. C'est juste surréaliste !

 

Aujourd'hui, il fait à peu près beau. On sort de Vaux-le-Pénil à 50 km/h. Ils appellent ça un départ neutralisé, là-haut à la direction de course en train de manger leurs saucisses et boire leur Ricard. Putain, faudrait les mettre sur un vélo pour qu'ils sachent un peu ce que c'est, ces gros porcs !

 

Rapidement, je recule dans le peloton. Je ne sais pas frotter. Je n'aime d'ailleurs pas ça dès lors qu'on sort du cadre de la piste de danse. Je repense à mes potes déchirés de la veille qui eux dorment tranquillement dans leur lit à l'heure où je ferraille comme un chien. Ça pète dans la côte de Mons en Montois. Des types sont déjà à pied et bouchent le passage. Honteux. Il y a un putain de vent de nord-est dans la plaine briarde. J'ai terriblement mal à la gueule. Je tiens environ 120 kilomètres sur un très bon rythme. Dans le mur de Courcelles, je suis très bien. Trop bien peut-être. Car j'explose littéralement dans le final.

 

La veille, j'avais dis à mon pote rouquin Olivier, bassiste dans T.A.N.K, un groupe de variétés françaises alternant le death metal au R'n'B homosexuel, que je passerai devant chez lui à Chartrettes à 13h15, en forme ou pas. Je lui avais dit aussi que ça ne servait à rien qu'ils se mettent sur le bord de la route pile à cette heure-là car au fond de moi je ne savais pas vraiment à quelle heure j'arriverai là-haut. Et je me suis pointé pile à 13h15. C'est con.

 

J'ai fini complètement déchiré à Vaux-le-Pénil. Je n'avais plus aucune force dans la côte de l'Escargot à un kilomètre du but. Ni à l'arrivée pour mater les gonzesses en petite tenue. Je suis directement aller à ma voiture pour me changer. Avant de revenir racketter trois verres d'Isostar, un plateau repas pour la forme et de foncer chez moi !

 

A la télé, il y avait une autre course de vélos. Une course de vélos électriques entre Paris et Roubaix pour être précis. C'est Fabian Cancellara, alias le scooter de Bern, qui a gagné ce qu'on pourrait appeler un Grand Prix de Moto 125. Boonen en était vert, lui qui s'est chargé tout l'hiver pour rien. Le Suisse avait une stratégie infaillible dans l'Enfer du Nord. Il change de vélo à 50 bornes du but, car il a une manette "turbo" sur son mulet. Aussitôt sa monture changée, il enclenche cette fameuse manette, sème tout le monde et arrive cinq minutes avant tout le monde sur le Vélodrome. Il y a donc maintenant autre chose que de l'EPO qui sort de ses réacteurs. Putain, j'étais tellement mort que je me suis endormi comme une merde en regardant cette prouesse technologique. On ne fait décidément pas le même sport...

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