Ho fatto ! Après le Tour de France 2011, le Tour d'Espagne 2012, j'ai bouclé le Tour d'Italie 2013 mercredi dernier devant le palais royal de Turin. Si tu ne comprends pas bien le ritale dans la Gazzetta dello Sport, que tu as oublié de t'abonner à ma page facebook ou que tu étais séquestré par une call-girl dans une suite royale ces trois dernières semaines, sache que je suis devenu le premier être humain à décrocher les trois Grands Tours seul et sans la moindre assistance !
Évidemment, il y a déjà eu de grands campioni qui ont couru comme moi les trois plus grandes courses du monde. Mais toujours avec l'assistance d'une voiture française, d'un masseur italien, d'un médecin espagnol ou d'une pute taïwanaise ! Moi j'ai réussi l'exploit d'arpenter seul la France, l'Espagne et l'Italie sans l'aide de qui que ce soit, en portant seul mes affaires dans un petit sac à dos. Les trois Tours à l'arrache avec juste ma bite et mon couteau comme dirait les anciens ! Avec mes capotes et mes barres comme se permettront les contemporains...
Des trois Grands Tours auquel j'ai participé, ce Giro fut sans conteste le plus difficile à conquérir. Le trafic infernal, les ragazzi hystériques, les fêtes dantesques, la mafia napolitaine, la combinazione perpétuelle, il y a de quoi facilement dégoupiller dans le pays où rien ne fonctionne ! Le mauvais temps pendant tout ce mois de mai n'a pas non plus arrangé les choses. J'ai failli tomber à de nombreuses reprises dans les descentes de cols détrempés. Et j'ai même fini par chuter à Venise sous le déluge. La cité des Doges m'a conforté dans mon rôle de forçat de la route... plutôt que dans celui de grand romantique !
Et parce que la pluie n'a pas rendu ce Tour d'Italie assez difficile, il s'est même mis à neiger dans les Dolomites le 23 mai. Ce qui a grandement perturbé ma fin de course. Fait unique, j'ai dû me résoudre à annuler l'étape de Cortina d'Ampezzo comme la course officielle et repousser l'arrivée finale d'une journée, à Turin au lieu de Milan !
Après les Dolomites, le maltempo ne s'est pas pour autant arrêté. J'ai encore dû batailler ferme dans le froid polaire de Lombardie. J'ai franchi le Tonale et le Mortirolo dans un décor de mars. La sortie des Alpes par le lac de Côme fut également très pénible. Je comptais finir cette avant-dernière étape tranquillement à Milan mais Elio, un fantasque cycliste italien rencontré près de Lecco, m'a proposé de terminer sur le célèbre circuit automobile de Monza avant de dormir dans une des 24 résidences du Cavaliere située à trois kilomètres de la parabolique ! J'ai évidemment accepté son offre indécente, posé avec Fangio, Schumacher et Alonso devant le paddock avant de vivre une soirée bunga bunga particulièrement arosée...
Et j'ai fini ce Giro d'Italia comme à la parade le lendemain dans Turin sous l'orage... pour changer. La RAI était là pour saluer l'exploit. Les italiens ont une grosse culture sportive et connaissent bien l'histoire. Ils m'ont donc offert un très beau maillot à l'arrivée : Francia - Spagna - Italia, i Giri della vita. Tu ne me croiras peut-être pas mais pour la première fois depuis très longtemps, j'ai pleuré en recevant cette offrande. J'ai repensé à ma jeunesse chaotique, aux milliers d'heures d'entraînements, à tous les coups bas que j'ai dû surmonter...
J'ai alors remercié tout le monde. La mamma, le fratello, le cane, Coppi, Pantani, le professore Guillaume, le gentile Elio. J'ai repensé aussi à la puttana de Chivasso qui me suppliait de m'arrêter pour arrondir ses fins de mois. Je lui avais alors répondu que je préférais me branler sur le Giro que sur sa race. Je me permets donc de finir cet article en évoquant toutes les pétasses que j'ai sautées ou que j'aurai pu sauter depuis que je fais du vélo. Vous qui croyez détenir la science infuse dans votre pois chiche de cerveau ! Comme un iPhone dans votre main. Ou une bite dans votre bouche ! Vous qui m'avez toutes dit un soir que je devrais arrêter le cyclisme parce que ça ne sert à rien ! Parce que l'important pour vous dans ce bas monde était de séduire, paraître et consommer ! Oui, ce soir du haut de mes trois Grands Tours, je pense à vous. Je pense à vous et je vous emmerde !