Quand le Rodj' manifestera un peu plus d'entrain sur un court de tennis qu'Eva Joly dans un meeting pour la primaire écologique, peut-être que je me déciderai à te relater cette tournée américaine de merde qui voit Novak Djokovic continuer de fracasser un à un ses adversaires ! Le pitre de Belgrade en est à 9 victoires en 10 tournois cette année. Il a remporté les 5 premiers Masters 1000 de la saison et il y a fort à parier qu'il fera la passe de six dès dimanche prochain à Cincinnati. Mais entre nous, je m'en branle comme de mon premier râteau. Ce qui compte, c'est l'histoire du tennis, c'est-à-dire les Grands Chelems, et pas ces innombrables tournois challengers qui se disputent à longueur d'année aux quatre coins du globe !
J'ai exposé ma vision des faits à mon nouvel employeur qui m'a fait rentrer prestement à Genève après la défaite de Federer contre Tsonga au Canada. De retour au bout du lac, je n'ai pas perdu de temps. J'ai récupéré le Translink sur un quai de la gare Cornavin pour filer directement à Culoz relater la dernière étape du Tour de l'Ain sur le Grand Colombier. Ah le Grand Colombier, quel mythe ! Cela faisait des années que je comptais me frotter au géant jurassien. Et bah inutile de te dire que je n'ai pas été déçu !
J'ai retrouvé un pote de mon club de vélo francilien au pied et on a emmanché direct l'ascension à deux. Un peuple phénoménal était déjà présent sur la pente en attendant le passage des professionnels. Un peuple déjà sévèrement allumé aussi qui braillait comme des bœufs en érection à chaque passage d'un coureur cycliste. On se serait cru au Tour de France tellement l'hystérie était palpable. Et je t'assure que lorsque ça grimpe à 14%, leurs encouragements te font oublier la souffrance et monter bien plus vite. Je me serai même pris pour Alberto Contador lorsque les hommes me balançaient de l'eau sous mon casque en hurlant "venga, venga" et que les femmes m'admiraient comme un athlète de haut niveau en avouant dans le creux de l'oreille à leur meilleure copine : "T'as vu comment il est gaulé ce mec, j'aimerai trop m'envoyer en l'air avec lui !"
S'envoyer en l'air sur le Grand Colombier, voilà une belle métaphore du monstre de l'Ain qui grimpe en escalier pendant 18 bornes avec une ribambelle de passages inhumains ! Je dois t'avouer que j'ai passé un super moment sur ses pentes. Sauf au sommet lorsqu'un bodyguard m'a interdit l'accès à la ligne d'arrivée sans réel prétexte. J'allais lui péter la gueule lorsque je me suis tourné sur la droite pour découvrir... le Mont Blanc ! Plus fascinant que n'importe quelle gonzesse à poil, plus envoûtant que n'importe quelle œuvre d'art, ce massif a un pouvoir apaisant pour les grimpeurs de ma trempe. Et c'est probablement ce dernier qui sauva l'horrible garde du corps de mon poing dans sa gueule...
Ensuite, passage des professionnels, victoire de David Moncoutié, pot belge à l'arrivée et soirée démentielle dans une boîte de Belley ! J'ai mis deux jours pour récupérer. C'est un sms de JM, petit-fils caché d'un certain Fausto Coppi, qui m'a réveillé hier matin : "Je décolle de Sallanches, on se rejoint à Flumet dans une heure pour empiler 3000 mètres de dénivellation positive autour du Mont Blanc ?" Plus tentant qu'une pute dans un Sofitel new yorkais, je n'ai bien évidemment pu refuser. Et c'est ainsi qu'on a avalé ensemble Aravis, Plan Bois, Croix Fry et Merdassier à un rythme effréné avant de retomber à Flumet...
C'est à ce moment-là que le Flo m'a poké : "Je suis à Megève et j'ai loué une table au Palo Alto avec ma copine Tessa pour la soirée !" Tu devineras facilement que mon Time Edge Translink n'hésita pas une seule seconde à remonter le Val d'Arly. Mais je ne te raconterai pas la suite pour ne pas te rendre jaloux. A 10 000 euros la table au Palo avec les escort girls qui te servent du champagne en porte-jarretelles, Megève n'est pas le genre de station qui connaît la crise si tu vois ce que je veux dire...