
Il l’a fait ! Intraitable depuis le début de la quinzaine, Roger Federer a conservé son titre à l’Open d’Australie en dominant Marin Cilic en cinq manches, 6-2, 6-7(5), 6-3, 3-6, 6-1 après 3h03 de jeu. À 36 ans et demi, le Suisse décroche son sixième titre à Melbourne, le vingtième en Grand Chelem ! La légende ne cesse de s’écrire.
Qui l'eût cru il y a encore de cela treize mois quand Rodgeur revenait d'une sale blessure au genou au début de la saison 2017 ? Le Maître sortait alors de quatre années de disette en Grand Chelem, corps et moral en berne. La concurrence n'avait jamais été aussi forte depuis 2012 avec conjointement Rafael Nadal, Novak Djokovic, Andy Murray et Stan Wawrinka à leurs sommets. Plus âgé d'environ cinq ans que ces quatre autres monstres du jeu, Federer semblait inexorablement sur le déclin. Il ne se contentait plus que de miettes à Halle et Basel, dans les tournois secondaires que les autres daignaient lui laisser. La force de Rodgeur aura été de toujours y croire, en lui, en son destin incroyable, et de se dire que les quatre autres ne pourraient pas rester éternellement à leurs zéniths...
Curieusement, c'est en 2017 lorsque le Bâlois est revenu aux affaires que les autres ont commencé à progressivement disparaître des écrans radars, rattrapés un par un par les blessures. Tous sauf un, son ennemi de toujours, Rafael Nadal, qui allait lui aussi reverdir après deux années compliquées. Hautement symbolique, la finale de l'Australian Open 2017 avait été d'une intensité exceptionnelle contre le Majorquin. Dans un cinquième set de légende, le Bâlois était revenu de l'enfer pour signer l'un des plus grands come-back de l'histoire du sport, et balayer au passage ses larmes de 2009, ici-même contre Nadal.
Des larmes, il en fut également question lorsque Federer reçut aujourd'hui le trophée de son 20ème Grand Chelem. Il y a un an, dans la foulée de son 18ème Majeur, il avait dit qu'il aimerait arrêter sa carrière sur le chiffre 20... sans savoir alors qu'il l'atteindrait si rapidement. A Melbourne cette année, malgré un tableau facile, rien n'aura pourtant été évident. L'absence de gros matchs, contrairement à l'an passé, ne lui aura jamais permis de monter en régime pour y développer son meilleur tennis.
Donné ultra-favori de cette finale historique, sa 30ème en Grand Chelem, face à Marin Cilic, Rodgeur aura souvent joué avec le frein à main. En ratant beaucoup d'occasions de breaker au deuxième set, il avait même remis le Croate dans le match en cédant le tie-break. S'il avait remporté le troisième sans embûche, il s'était inexplicablement écroulé dans le quatrième alors qu'il s'était rapidement détaché. Le scénario catastrophe de la finale de l'US Open 2009 contre Juan Martin Del Potro, avec ce même arbitre médiocre Jack Garner, commençait à poindre le bout de son nez.
Tout se joua finalement dans le premier jeu du cinquième set où le Maître écarta miraculeusement deux nouvelles balles de break. Cilic, toujours fragile mentalement dans les moments chauds, venait de laisser passer sa chance. Il concéda bêtement son service dans la foulée, et ne revint ensuite jamais au contact. Rodgeur pouvait alors s'envoler tranquillement vers sa vingtième symphonie. Pour la première fois depuis dix ans et l'US Open 2008, le Maître réussissait donc à conserver un titre du Grand Chelem. Le voilà maintenant seul à 20 Majeurs : 6 AO, 1 RG, 8 WB et 5 USO. Loin dorénavant devant Nadal à 16, Sampras à 14 et Djokovic à 12 !
Conserver son titre à Melbourne lui permet également de revenir à 155 petits points de la première place mondiale détenue toujours par Rafael Nadal. Même si Rodgeur dit ne pas y prêter plus d'importance que cela, on se doute que réapparaitre au sommet de la hiérarchie mondiale à 36 ans et demi, cinq ans et demi après la fin de son précédent règne, et devenir ainsi le plus vieux numéro un mondial de l'ère Open ne serait pas pour le déplaire. Il devrait donc s'inscrire à la fin du mois à Dubaï pour reprendre momentanément le trône, avant Indian Wells et Miami où il aura le maximum de points à défendre.
Après ce retentissant triomphe australien, Federer n'est maintenant plus qu'à quatre petits trophées de la barre des 100 titres en carrière. Avec la reconquête de la place de numéro un, cela sera l'autre grand enjeu de sa saison 2018. Aussi, il y a fort à parier que le Maître adoptera exactement le même programme qui lui a tant réussi l'an dernier. Le revoir sur la terre battue, et donc à Roland-Garros, semble clairement des plus hypothétiques. Car on ne change pas une équipe qui gagne. Encore moins le plus grand tennisman de tous les temps, seul ce soir à 20 GC !