
Toute bonne chose a une fin. Toute arnaque finit par s'arrêter un jour. Chris Froome en était une belle depuis 2011. Elle avait éclot dans la foulée d'une autre encore plus grotesque, celle du pistard-rouleur-grimpeur Bradley Wiggins, au sein de la sulfureuse équipe Sky. Les imposteurs britanniques commençaient alors seulement à dominer le cyclisme mondial à coups de millions, en reprenant les bonnes vieilles recettes de l'US Postal.
Froome, qui n'avait jamais réussi la moindre performance jusqu'à ses 26 ans et demi, se révélait brusquement sur le Tour d'Espagne 2011. Équipier de Wiggins, qu'il devait conduire à la victoire finale, il avait pris le relais de son leader au bout de deux semaines de course sur les pentes effroyables de l'Angliru. A cause d'une mauvaise gestion d'équipe, il avait perdu la Vuelta pour treize petites secondes contre un autre personnage énigmatique, un certain Juan José Cobo.
Il avait alors commencé ouvertement à se plaindre au sein de son équipe de n'être que le numéro 2 derrière Bradley Wiggins. Neuf mois plus tard, de nouveau bien plus fort que ce dernier en montagne, il finissait pourtant de nouveau second d'un Grand Tour, ce coup-ci juste derrière Wiggins. La Sky l'avait clairement désavantagé au profit de Wiggo, car celui-ci incarnait davantage la Grande-Bretagne que Froome. Sur l'île aux tocards, il aurait clairement fait tâche que le premier vainqueur britannique du Tour de France soit... un kényan, aussi blanc et respectable qu'il soit.
En 2013, Froome s'était vengé en empêchant Wiggins de défendre son titre sur la Grande Boucle, et par ricochet en provoquant la fin de sa carrière en Grand Tour. A 28 ans, Froome avait écrasé le Tour avec fracas. Ces victoires hallucinantes à Ax-3 Domaines et au Ventoux avaient éveillé les premiers soupçons de dopage mécanique sur sa personne, en plus de ceux pharmaceutiques face à sa dégaine chétive digne d'un survivant d'un camp de la mort.
En 2014, Froome avait gagné le Tour de Romandie en mai avec de fortes doses de corticoïdes, autorisées par l'UCI, grâce déjà aux autorisations à usage thérapeutique bidon. Il avait ensuite abandonner rapidement le Tour de France, poignets et moral en vrac suite à plusieurs chutes sur les pavés du Nord. Il comptait bien se rattraper à la Vuelta 2014 mais tombait sur un Alberto Contador impérial sur ses terres.
En 2015, le kényan blanc conquérait un deuxième Tour de France grâce à une nouvelle victoire stupéfiante à la Pierre-St Martin, où il avait écœuré tout le monde en démarrant dans du 10%, sous une chaleur de plomb, à plus de 110 tours/minute. Les soupçons de moteur dans son vélo devenant de plus en plus pesants, il avait nettement moins survolé la Grande Boucle l'année suivante, bien que gagnant une troisième fois la plus grande course du monde. Deux mois plus tard, il terminait une nouvelle fois deuxième de la Vuelta, ce coup-ci derrière Nairo Quintana.
En cette année 2017, il avait encore davantage allégé son début de saison en vue du doublé Tour-Vuelta l'été venu. Sa quatrième victoire sr la Grande Boucle avait été acquise d'extrême justesse devant Uran et Bardet. Cela ne l'avait pas empêché de doubler une nouvelle fois en Espagne dans la foulée. Débarrassé de Quintana épuisé par son doublé Giro-Tour, et de Contador au crépuscule de carrière, Froome avait enfin remporté sa première Vuelta. Mais il avait énormément souffert en troisième semaine. Au point de doubler ses doses de ventoline pour résister aux assauts répétés de Vincenzo Nibali, comme il s'en défend depuis hier ?
En cette fin d'année, on sentait qu'il se passait quelque chose de pas clair au sein de la Sky. Alerté depuis septembre par les instances anti-dopage d'un contrôle positif au salbutamol en troisième semaine de Tour d'Espagne, un produit censé combattre l'asthme d'effort, le soit disant mal chronique de Froome, ce bandit de Dave Braidford avait déclaré viser le doublé Giro-Tour avec son leader pour faire diversion et suggérer à l'UCI d'éteindre l'incendie qui se préparait en coulisses. Alberto Contador avait fait pareil fin 2010 pour le résultat que l'on sait...
En attendant le dénouement de cette affaire déjà rocambolesque, il y a comme quelque chose de risible à voir Chris Froome se faire attraper pour de la simple ventoline sur son porte-bagages, quand on le voyait s'envoler dans le Tour de France avec un moteur dans le cadre et de l'AICAR dans les veines. Froome positif au salbutamol, c'est comme si un chauffard de la route se faisait démasquer parce qu'on a repéré la Clio de sa femme mal garée sur un parking de supermarché.
En tout cas, ce contrôle positif au salbutamol le prive déjà du doublé Tour-Vuelta jamais réalisé depuis Bernard Hinault, et par conséquent de l'éventuelle triple couronne au Giro d'Italia 2018. Après six ans de suspicion constante, cette nouvelle ramène le cyclisme dans ses heures les plus sombres, celles de Lance Armstrong. Ce contrôle accable également la Sky et toutes ses théories mensongères sur sa domination outrancière. Il signifie également entre une et deux années de suspension à venir pour Froome. Si cela ne signifie pas forcément la fin de sa carrière, cela l'empêchera forcément de gagner cinq Tour de France, comme les trois Grands Tours consécutivement. Pour le kényan blanc, c'est la fin du safari.