« Une année se termine alors comme suggéré, j'ai lu les 55 articles du blog de Thierry le cycliste. Avant d'analyser ces critiques au vitriol, il me semble opportun de rappeler que ce journal intime n'est pas écrit par Thierry Bientz lui-même mais par quelqu'un qui le connaît vraisemblablement très bien... moi ?
Un premier élément saute aux yeux. La plume ne tourne pas autour du pot. C'est du direct rentre dedans. Liberté de ton, provocations à tout bout de champ, grossièretés, critique acerbe de la société de consommation et de la place de la femme dans celle-ci, personne n'est vraiment épargné ici. A noter, la petite touche personnelle de l'auteur : il écrit constamment à son lecteur... complice !
La frime, le sexe, l'alcool, la drogue, tout ce qui touche au domaine de la fête est largement évoqué. Sans concession, comme pour briser les tabous ! Marginal déclaré, Thierry méprise le culte de l'apparence ainsi que les futiles préoccupations humaines. Il dénonce explicitement l'individu-mouton qui se réfugie dans la folie nocturne, comme pour mieux oublier ses problèmes du quotidien...
Si Thierry ne respecte pas la gente féminine, des incohérences sèment le trouble lorsqu'il mentionne plusieurs fois Jenni Moström, la femme du célèbre tennisman Robin Söderling avec qui il entretient une relation tourmentée, ou encore Marla Singer, la junkie du film Fight Club ! Ces deux femmes semblent être l'incarnation même de celle que Thierry aime secrètement. Une personne plus ou moins imaginaire qu'il évoque à de nombreuses reprises sans jamais mentionner son nom. Elle est vraisemblablement aussi instable que lui et finit progressivement par le décevoir. Thierry est attiré par l'impossible. Il fréquente une femme qu'il n'arrive pas à aimer... et aime une femme qu'il n'arrive pas à fréquenter ! Pour chasser son spleen épique, il se réfugie aussi bien dans la matrolagnie que dans la haine. Son âme souffre d'un grave dédoublement de la personnalité. Comme s'il y avait deux êtres en lui. Celui qu'il est vraiment et celui qu'il aimerait parfois être... mais que sa raison refuse de cautionner. Comme les discours anticapitalistes qui dépendent de l'existence même du capitalisme, Thierry devient victime de son propre refus de la réalité au sein de la réalité, telle qu'elle se présente : abrupte !
La pratique du cyclisme extrême, sa poursuite des plus grands dans ce sport, ses combats au corps à corps en montagne, lui permettent de se retrouver momentanément dans son meilleur rôle, celui du serial killer ! Il devient alors spectateur de sa propre destinée et n'admire plus que le champion qui s'élève. En fracassant le Mont Ventoux ou le Pico Veleta, il se prouve que séduire une garce ou posséder un iPhone provoque bien moins d'adrénaline et de satisfaction personnelle que de renverser un col mythique ! Se heurter à la démesure de la nature lui permet de sortir de sa zone de confort, de redécouvrir sa part animale en lui, d'oublier ses désirs maladifs, ainsi que son amour impossible...
De larges zones d'ombre planent volontairement sur son métier. On sait juste qu'il se déplace beaucoup entre Irak et Iran pour le compte d'une organisation secrète. C'est une métaphore de l'absurdité de ses fonctions. Comme la guerre des pétrodollars que livre les américains en Asie. Thierry est aussi insignifiant au Moyen-Orient qu'il est imposant dans les Alpes ! Ce grand écart permanent dans son existence a le don d'entretenir sa schizophrénie...
Le milieu du tennis interfère également beaucoup sur sa vie. Fasciné par Roger Federer, il commente son quotidien comme un match du plus grand tennisman de tous les temps. Il suit le Maître partout en Europe. De Bâle à Londres en passant par Paris. Si Thierry déteste Rafael Nadal, le rival légendaire du suisse, il ne supporte pas Andy Murray, le dandy écossais. A tel point qu'il en écorche continuellement son nom. Les deux hommes renvoient respectivement l'image du dopage et de l'arrogance dans le sport, deux comportements que Thierry dénonce catégoriquement !
Ce blog est également marqué par la présence non anodine de trois Pierrot. Ceux-ci représentent à eux seuls tous les maux de la société française. D'abord, le riche haut placé qui écrase tout le monde. Ensuite, le gros qui s'enrichit sur le dos des niais. Et enfin, le traître qui se prend pour quelqu'un d'autre...
Pour conclure, si Thierry entretient des relations complexes avec les femmes, on ne peut pas en dire autant avec les hommes... et notamment avec ses amis ! Construite autour du thème de la revanche, il partage avec eux une longue, saine et franche amitié. L'exagération est constamment palpable lorsqu'il évoque ses rencontres aussi improbables que renversantes à travers le monde. Ce qui prouve bien qu'aussi bourrin soit-il, Thierry reste un homme sensible avec les rares personnes qui l'apprécient... »