
Après le 5 décembre 1999 à Nice, le 1er décembre 2002 à Paris, voici le 5 décembre 2010 à Belgrade ! Le genre de dimanche qui te donne plus envie de te flanquer dans le Danube la tête la première que de brancher la belle Jelena Jankovic, pourtant assise à deux rangées de moi cette après-midi dans la Beogradska Arena ! Ce soir, c'est le putain de bad trip. Je suis complètement abasourdi. K-O debout, tel un boxeur. J'ai terriblement mal pour mon pote Mickaël Llodra qui chiale sur le bord du court depuis dix minutes, tel un poussin ! Le réconfort de ses coéquipiers n'y changeant rien...
Autant la défaite de Monfils était prévisible face à un Djokovic injouable sur ses terres, autant la branlée infligée par Troïcki à Mika, préféré à Gilles Simon pour le cinquième match décisif, semble surréaliste ! Tu te demandes forcément d'où sort ce Victor Troïcki, avec son physique improbable et sa tête de skinhead ? Hey bien, ce mec a grandi avec le Djoker dans les quartiers populaires belgradois à la fin des années 1990. S'il était né dix ans plus tôt, tu l'aurais certainement davantage retrouvé en train de mitrailler l'ennemi croate dans les ghettos de Vukovar... que Mickaël Llodra dans l'arène de Belgrade !
Victor Troïcki est classé trentième mondial. Il n'avait jamais rien fait de bien exceptionnel dans sa carrière jusqu'à aujourd'hui. Hier, il a même précipité la perte du double serbe contre ce même Mickaël Llodra. Et ce dimanche, il nous sort un match d'extraterrestre. Assurément le match de sa vie ! Franchement, je n'avais jamais vu un mec renvoyer avec autant de facilité le service supersonique du parisien. Et cela pendant trois sets et plus de deux heures ! Constamment en danger sur sa mise en jeu, Mika a été pris à la gorge du début à la fin. On ne peut pas dire qu'il ait fait un grand match. Mais on ne peut pas dire non plus qu'il soit passé au travers. Il est juste tombé sur un mec en feu, avec un revers foudroyant qui accrochait toutes les lignes, quand ce n'était pas la bande du filet pour lui donner le point...
Au troisième set, dos au mur, Mika s'est pourtant fait violence. Il n'a rien lâché. Jouant le tout pour le tout en partant constamment à l'abordage. En face, Troïcki s'est parfois mis à trembler, mais n'a jamais cédé ! Je regretterai éternellement de ne pas avoir pu voir le jeune serbe servir pour la gagne. Car je reste intimement persuadé qu'il aurait été rattrapé par ses nerfs au moment de conclure, et que Llodra aurait pu revenir à hauteur dans cette troisième manche aussi incertaine que le dernier Hitchcock ! A sa deuxième balle de match, service France 3-5 et 30-40, Troïcki nous a sorti un revers court croisé hallucinant sur une première de Mika pourtant envoyée à 180 km/h dans la fameuse diagonale du gaucher. Un dernier point à l'image de son match : renversant !
Ce soir, je t'avoue que j'ai le moral au plus bas. Et franchement pas le cœur à aller danser avec Nole et sa bande dans Strahinjica Bana, ni à faire chavirer la moindre serbe en chaleur. Ce soir, j'ai juste envie d'être seul. Tout seul pour oublier ce putain de bad trip. En ouvrant une carte de France pour contempler mon incroyable défi de la saison prochaine : Paris Nice - Dauphiné Libéré - Tour de France ! Je rentre demain en avion à Roissy. En survolant une nouvelle fois les Alpes. 2011, c'est déjà demain...