L'heure est tardive ou matinale, c'est selon comment je regarde mon verre seul assis immobile dans la chambre de mon hôtel de Rotterdam ! En effet, je suis dans la cité batave depuis hier pour suivre la reconquête de Roger Federer après le fiasco fribourgeois du week-end dernier en Coupe Davis ! J'aurai bien aimé te parler de tennis mais le coeur n'y est absolument pas entre nous...
Le coeur est à cette fille que j'ai rencontrée tout à l'heure dans un bar pas très loin de l'Euromast, la tour la plus haute des Pays-Bas, l'équivalent de notre Tour Montparnasse à Paris ou de notre jet d'eau sur le Léman à Genève ! Je te disais donc que j'ai aperçu une fille envoûtante il y a pas moins de cinq heures. J'avais plus ou moins prévu le coup en me pointant seul sapé comme un prince dans un endroit branché du centre-ville. Cela tombait bien car une fille seule... et belle comme une princesse s'est assise en face de moi ! J'ai commencé naturellement à la draguer en anglais mais au fur et à mesure qu'elle comprenait que j'étais suisse, on s'est mis à échanger en français...
Tu me connais mieux que personne alors je ne vais pas te la faire à l'envers. Des filles depuis que je suis sur le circuit, j'en ai serré un paquet. Peut-être plus que le Rodj' n'a serré de trophées en 10 ans de carrière ! Mais elle, tu vois, comment dire, elle avait juste un truc en plus ! Un truc que je ne peux pas forcément t'expliquer comme ça, à trois heures du mat' allongé dans mon sofa à désespérément chercher le sommeil ! Un truc qui me rappelait vaguement une bombe atomique du lycée que je n'avais pas pu aborder à l'époque pour diverses raisons que je n'exposerai pas ici. Bref un truc qui faisait qu'elle envoyait du rêve !
Dans un premier temps, sa prestance m'a inhibé. Et puis après, au fur et à mesure que je la découvrais sympa, ouverte et méga réceptive, j'ai commencé à me lâcher. Je retrouvais progressivement la confiance, celle du champion qui abat l'Alpe d'Huez en self control après 19 étapes du Tour de France ! J'ai donc commencé à me frotter légèrement contre elle pour établir le contact. Elle ne m'a pas repoussé. Je l'ai ensuite pris doucement dans mes bras. Elle ne m'a toujours pas repoussé. Alors dans l'euphorie de l'action, j'ai tenté de l'embrasser. Et là, elle ne m'a pas vraiment accompagné dans mon élan de bravoure si tu vois ce que je veux dire...
Voulant me rattraper à tout prix, je lui ai proposé de la raccompagner chez elle en Ford Mustang... mais elle avait déjà sa propre caisse sur place : une Porsche 911 ! Tu n'imagines même pas comment j'avais l'air subitement con avec ma pauvre Shelby. Au fur et à mesure qu'on marchait tranquillement jusqu'à son bolide, j'ai senti qu'elle m'échappait, un peu comme l'EPO du docteur Fuentes dans les veines d'Alberto Contador ! Alors perdu pour perdu, je lui ai demandé son numéro. Elle me l'a donné. Puis elle a sorti son iPhone rose pour enregistrer le mien ! Tu connais également mieux que personne ma position sur les iPhones alors imagine un peu ma réaction à la simple vue d'un iPhone rose ? Hey ben, tu ne me croiras peut-être pas mais j'ai kiffé comme jamais son smartphone aussi branché que déjanté !
Après ça, je l'ai embrassé sur la joue, une fois, deux fois, dix fois ! C'était cool, super cool, super méga cool ! Je lui ai demandé une dernière fois si je ne pouvais pas la raccompagner chez elle en prétextant que je pensais l'avoir déjà rencontré quelque part. Et c'est là qu'elle m'a sorti cette phrase incroyable qui tourne encore dans mon esprit à l'heure où je t'écris : "Bien sûr que tu m'as déjà rencontré : tu m'as vu au lycée dans Titanic ! Je m'appelle Kate et je ne peux pas passer la nuit avec toi car je suis déjà avec Leo !" Je suis resté là, planté sans voix, pendant que sa Porsche 911 s'enfuyait à fond de train vers le port. Bref, j'ai rencontré Kate Winslet ! Et je crois bien qu'elle me plaît...