En direct de Nice avec l'inégalable Alberto Contador. Le champion invaincu sur les Grands Tours de 2007 à 2011. L'amateur de viande clenbutéroisée qui l'a brisé il y a deux ans. Le dernier grimpeur d'exception du cyclisme moderne. L'ultime apôtre d'un romantisme qui se perd au profit de la robotisation. Un charisme moyen teinté de fausse modestie lorsqu'il gagnait tout à l'instar de son compatriote Rafael Nadal en tennis. Une rage extrême dès lors qu'il est tombé dans la nasse après un contrôle positif douteux sur le Tour de France 2010. Depuis Alberto s'est refermé sur lui-même. Il donne moins d'interview, parle moins de dopage et symbolise la rébellion face aux calculateurs anglais gonflés à l'AICAR et guidés au SRM !
Le départ de Corse n'a rien donné. Prudhomme qui nous promettait monts et merveilles de l'île de Beauté nous a une nouvelle fois bien arnaqué. L'affaire du bus Orica qui ne passe pas, l'absence d'attaques des leaders sur un terrain propice, Andy Schleck qui parvient à rester avec les meilleurs, Pierre Rolland qui grimpe déjà à 500 watts pour un maillot de clown à trois semaines de Paris, le niveau toujours plus affligeant des commentateurs de France Télévisions, voilà les seuls faits d'armes de ce début de 100ème Tour de France !
Le retour sur le Vieux Continent étant effectué pour un contre-la-montre par équipes tout à l'heure sur la Promenade des Anglais, les leaders résidant à Monaco en ont profité pour aller faire un petit détour par leur domicile. Christopher Froome et Richie Porte ont récupéré toute sorte de produits diététiques. Et déjà promis en interne qu'ils écraseront le chrono pour s'emparer du maillot jaune au soir de cette quatrième étape. Pour Alberto qui a lourdement chuté sur la route de Bastia, il faudra attendre dimanche prochain à Bagnères-de-Bigorrre. On parle du bien nommé centre Laurent Fignon pour une vidange du carter moteur. Mais Contador qui est paranoïaque à souhait depuis deux ans militerait pour un aller-retour express en jet privé à Jaca afin de se transfuser en toute tranquillité...
Faute de carburant, le Pistolero ne tentera donc rien dans les Pyrénées. Il essaiera juste de suivre les meilleures chaudières de sa Majesté. En attendant le premier grand rendez-vous qu'il a fixé au Mont Ventoux ! Cette montagne qui brise les coeurs et scie les jambes. Tout champion qu'il est, Alberto n'a jamais gagné sur le Géant de Provence. Une anomalie béante dans sa carrière de dompteur de montagnes. "C'est au Ventoux et à l'Alpe que je renverserai le ciel" promet-t-il !
Malgré l'absence de succès notoire cette saison, Alberto reste Contador. En septembre dernier, il a décramponné Purito Rodriguez à sa 22ème attaque pour décrocher sa seconde Vuelta et son cinquième Grand Tour. Quand il l'a emporté à Madrid, il a montré fièrement le chiffre 7 avec ses mains, considérant qu'on lui a volé le Tour 2010 et le Giro 2011 devant les tribunaux !
Il a bien raison Alberto. Dans ce sport à la culture ancestrale du dopage, où les moyennes horaires ne baissent pas depuis l'affaire Festina de 1998, tout le monde reste chargé. Et qu'on le veuille ou non, Alberto est bien le meilleur sur les courses mythiques. Il a remporté sur la route sept des huit derniers Grands Tours auquel il a participé. Alors avoir peur aujourd'hui de Christopher Froome ? Ce kenyan blanc sorti de nulle part il y a deux ans pour devenir le lieutenant attitré de cet imposteur de Bradley Wiggins ? Cet éternel second au palmarès toujours vierge sur les monuments du cyclisme ? Certainement pas, lui qui l'a encore écoeuré l'an dernier sur les pentes effrayantes de son Tour national...
Moi qui supportais moyennement l'attitude de Contador à ses débuts, me suis rapproché de lui depuis sa suspension. J'y ai découvert un homme aussi attachant dans la vie que haineux sur le vélo. Guidé par la foi qui l'a laissé pour mort en mai 2004 sur une route sinueuse des Asturies, Alberto croit en son destin plus que jamais : "Je veux battre les 11 Grands Tours d'Eddy Merckx". Le madrilène qui est devenu le plus jeune coureur de l'histoire à avoir remporté les 3 Grands Tours en 2008, à seulement 25 ans, est prêt à renverser l'ordre établi. Les conneries des journaleux franchouillards. Et les seringues de l'empire britannique. Rendez-vous est donc pris le 14 juillet sur les pentes mythiques du Ventoux !