Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Profil

  • Fangio
  • Je m'appelle Fangio. Je suis un libre penseur, un vrai. J'ai ouvert ce blog pour partager mes émotions, mes peines, ma haine aussi. Petit journal laissé à la merci d'un parisien allumé aux amphets...
  • Je m'appelle Fangio. Je suis un libre penseur, un vrai. J'ai ouvert ce blog pour partager mes émotions, mes peines, ma haine aussi. Petit journal laissé à la merci d'un parisien allumé aux amphets...

Recherche

15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 23:18


Après la stratosphérique Péninsule Ibérique longue de 4 107 kilomètres et 27 jours en mai, j'avais rendez-vous en ce début d'automne sur les routes italiennes pour passer la douzième. Douze comme le nombre de victoires d'Eddy Merckx en Grand Tour effacé. Douze comme ce chiffre immense qui n'aura fait que me guider ces dernières années...

On ne se refait pas camarade. Chaque être humain vit avec son obsession, son idée fixe. Certains vivent pour aligner les conquêtes, d'autres pour une carrière professionnelle aléatoire, encore d'autres pour gagner et dépenser beaucoup d'argent. Et il y a des types comme moi, qui sortent légèrement de l'ordinaire, puisque je mange, dors et baise Grand Tour depuis une dizaine d'années.

Les gens me demandent souvent à quoi bon tous ces efforts surhumains pour soit disant si peu au final ? Je crois qu'il me faudrait plus d'une vie pour répondre tout ce que le vélo, et particulièrement l'ultra-cyclisme, m'a apporté dans ma vie d'être humain. Alors si je devais souligner une chose ce soir, et une seule, je dirais la confiance en moi. Lorsque j'ai commencé le vélo en 1999 au lycée, je n'étais qu'un pauvre loser en mal de rêve. Les mecs de mon bahut me regardaient comme un tocard, les profs me disaient que je ne ferai rien de ma vie, comme les filles ne me calculaient pas.

Tout cela a crée beaucoup de frustration en moi. La frustration, c'est la première étape, le préambule à toute réaction épidermique. On dit souvent que le vélo est l'école de la vie. Pour moi, c'était juste une question de survie tellement j'étais mal au quotidien. Surtout à l'époque, je souffrais d'un manque terrible de confiance en moi. Je ne comprenais pas pourquoi de gros nazes exubérants étaient adulés lorsque moi je n'étais que moqué et rallié par l'opinion publique. Avec le temps, j'ai constaté que tous les grands extrémistes du vélo ont vécu des blessures de jeunesse similaires aux miennes, et qu'aujourd'hui encore ils sont marqués au fer rouge par cette époque. Comme moi, Ils n'ont rien oublié, ni pardonné. Ils se sentent aujourd'hui juste au-dessus, tellement au-dessus, à des années-lumière de leurs souvenirs d'enfance.

Avec le temps, les multiples exploits réalisés aux quatre coins de l'Europe m'ont donné une immense confiance en moi. Je suis aujourd'hui autant à l'aise en réunion avec des hauts cadres formatés par la mondialisation qu'au milieu de bobos à boire des bières ou de branleurs dans une gare dégueulasse. Même si je n'en ai rien à battre de l'amour et de tous ses artifices soporifiques, je suis maintenant également capable de séduire aussi bien une belle étrangère en chaleur qu'une vieille bourgeoise frustrée ou qu'une jeune hippie altermondialiste. Je n'en tire évidemment aucune fierté puisque je ne vis que pour le vélo, mais toutes ces situations ubuesques, parfois irréelles, résultent de cette fameuse confiance en soi dont si peu de gens disposent.

Plus les années passent et plus je constate que l'assurance m'écrase. A tel point que je suis maintenant capable de rouler malade comme un chien pendant une semaine sur un Grand Tour. De gravir un Monte Grappa sans la moindre énergie dans le froid et le brouillard latent. Comme de rouler à fond sur le plat de la plaine du Pô dans la roue de mon équipier Naceman à 39 km/h... et 39 de fièvre ! Ce dernier appelle cela le totalitarisme. Quand l'homme est mort, le totalitarisme reprend le dessus. Et l'homme ne s'arrête jamais dans ces conditions. Naceman n'avait jamais couru le moindre Grand Tour. Il a pourtant écrasé le Giro d'Italia avec une facilité déconcertante liée à cette fameuse confiance en soi, inaltérable, quasi divine. Oué putain, que c'est agréable d'être ce mec total, cette arme de destruction massive sans compromis dans l'effort !

Dans ces conditions, il m'a évidemment paru impossible d'abandonner la Duodécima, comme ce fameux triple triple me permettant de décrocher au moins chacun des trois Grands Tours historiques du calendrier cycliste. Trois Tours d'Italie, trois Tours de France, quatre Tours d'Espagne, plus un Tour des Alpes et une Péninsule Ibérique. Si l'on m'avait dit cela il y a 18 ans dans mon lycée, j'aurais évidemment répondu que c'était impossible pour un mec comme moi. Impossible pour moi car à l'époque, j'étais un mort vivant sans la moindre confiance intérieure.

Alors si vous hésitez à faire du sport et vous lancer dans des défis sportifs car vous croyez que cela ne vous apportera rien dans votre vie au quotidien, sachez qu'à minima vous acquérez de la confiance en vous. Si vous saviez combien j'ai rencontré de gens "importants" dans ma vie qui n'avaient pas un dixième de mon mental, vous feriez des bonds d'un mètre de haut. Sachez que le monde est une grande imposture, une vaste supercherie, où chacun se branle sur son image fabriquée de toute pièce. Il n'y a finalement que dans le sport, et particulièrement dans le vélo, que se révèle la véritable nature des êtres humains. Alors souvenez-vous qu'il y a 18 ans, j'étais juste un bouffon dans un lycée de merde. Et qu'aujourd'hui, je suis le champion aux douze Grands Tours. Avec comme fil directeur cette putain de fameuse confiance en soi !

Partager cet article

Repost 0
Published by Fangio
commenter cet article

commentaires