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  • Fangio
  • Je m'appelle Fangio. Je suis un libre penseur, un vrai. J'ai ouvert ce blog pour partager mes émotions, mes peines, ma haine aussi. Petit journal laissé à la merci d'un parisien allumé aux amphets...
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 20:32

 

Avec ses airs de premier de la classe, Romain Bardet a au premier abord tout pour plaire. Il est jeune, beau, intelligent, s'exprime bien et place toujours le collectif avant l'individu. Cela, c'est la posture qu'il s'est donnée depuis ses débuts dans le cyclisme professionnel il y a de cela cinq ans.

 

Membre de la nouvelle génération, celle des années 1990, il a été érigé, avec Thibaut Pinot, par la presse française en manque de rêve comme l'éventuel successeur à Bernard Hinault, dernier vainqueur français de la Grande Boucle il y a déjà de cela 31 ans.

 

A ses débuts, en 2012, l'Auvergnat est un néo-pro sympatique qui se fait remarquer par de longs raids sur l'Amstel Gold Race et le Tour de Lombardie. En 2013, pour son premier Tour de France, il finit quinzième et premier français à seulement 22 ans. Sa carrière est lancée sur de bonnes bases.

 

N'arrêtant pas de progresser, il commence à attraper la grosse tête l'année suivante en rivalisant avec les meilleurs en montagne sur la Catalogne, le Dauphiné et surtout le Tour de France. Profitant d'une Grande Boucle particulière avec Froome et Contador éliminés rapidement sur chute, il lutte longtemps pour le podium à Paris.


Avec la complicité des médias, il entre en opposition avec Thibaut Pinot, même âge que lui, avec qui il ferraille depuis les juniors. Bardet devient l'intello qui parle bien, le coureur qui a un avis sur tout et notamment sur le dopage... lorsque Pinot est réduit à un simple pêcheur solitaire un brin paysan. 50 ans après, l'histoire ravive la rivalité entre Anquetil et Poulidor.


En troisième semaine du Tour 2014, Romain craque pourtant, laissant échapper le podium au profit de Thibaut Pinot et Jean-Christophe Péraud, son ainé de coéquipier. Sixième et troisième français à Paris, il ne finit même pas maillot blanc. L'Auvergnat ne supporte pas que la lumière soit braquée à l'arrivée de cet énième Tour du renouveau sur son rival de la Française des Jeux, et encore moins sur son coéquipier vieillissant qui tutoie à 37 ans ici le sommet de sa carrière.

 

Ne voulant plus rien laisser au hasard, Bardet instaure la micro-nutrition et les stages en altitude dans son équipe. Il cherche à tester des tonnes de nouveautés, les fameux marginal gains dont se vante le Team Sky depuis que ce dernier domine le Tour de France. L'Auvergnat parle de perfection au quotidien, tout en avouant ne travailler que ses points forts, la montagne, et délaisser toujours autant le chrono, sur lequel il n'avance désespéramment pas. A l'issue de ses stages d'oxygénation, il en ressort toujours plus satisfait, avec des certitudes folles qu'il ne retranscrit pas en compétition.

 

Quand ses portes-bidons Houanard, Georges et Mondory sont contrôlés positifs, il a des mots très durs et définitifs à leurs égards. En une fraction de secondes, Bardet les réduit à néant alors qu'il a partagé auparavant avec eux des centaines d'heure de selle. Cette tactique n'a en réalité qu'un seul but : séduire toujours davantage les médias, jouer les moralisateurs avec un langage de haute volée, comme directement se dédouaner de toute connexion avec ces brebis galeuses au final pas si isolées.


En 2015, il gagne à Pra-Loup sur le Dauphiné après plus d'un an sans lever les bras. Il croit performer sur le Tour mais il bute un mois plus tard, comme en 2014, sur le premier col pyrénéen. Bardet a alors le mérite de changer de tactique en visant les victoires d'étape pour sauver sa Grande Boucle. Il est cependant battu au plateau de Beille par Rodriguez, puis surtout à Mende par Cummings. Sur cette étape, il arrive avec Thibaut Pinot pour la gagne mais refuse de le relayer dans le final, faisant directement le jeu de l'Anglais qui revient pleine balle sur eux dans le dernier kilomètre avant de les distancer dans un virage serré. La rivalité AG2R - FDJ et Bardet - Pinot atteint ici son paroxysme. En troisième semaine, Romain gagne enfin échappé à St Jean de Maurienne après de nombreuses tentatives infructueuses. Au vu de 2014, son Tour 2015 est un échec mais lui tombe une nouvelle fois dans l'auto-satisfaction.

 

En début de saison 2016, Romain commence à stagner dangereusement. Sa stratégie de suceur de roue a ses limites sur Paris-Nice comme en Catalogne. Après un Romandie catastrophique, il sort de sa boîte début juin au Dauphiné en tentant un coup de force judicieux vers Méribel. Alors qu'il est en route pour le maillot jaune avec Thibaut Pinot dans sa roue, il tente de piéger son meilleur ennemi à trois kilomètres de l'arrivée. Pinot, largué au général, refuse ensuite logiquement de lui passer un relais avant de l'aligner au sprint pour la victoire d'étape. L'intellectuel a encore fait un mauvais calcul. A tout vouloir, l'étape et le jaune, Bardet n'en ressort avec rien. Même son auto-satisfaction semble en avoir pris un coup lorsqu'il admet à la caméra avoir couru comme un âne. Les regrets seront éternels le lendemain sur la dernière étape lorsqu'il fera jeu égal avec les cadors, finissant deuxième à une poignée de secondes de Chris Froome.

 

Trois semaines plus tard, au départ du Tour, Bardet a retrouvé son optimisme maladif. Il dit avoir appris de ses erreurs du passé et contrairement aux années précédents, il ne craque pas dans les Pyrénées. Dans une Grande Boucle écrasée par la domination des Sky, où chacun derrière défend ses positions sans attaquer, Romain avance masqué vers Paris. A deux jours de l'arrivée, il réussit l'exploit au Bettex en s'enfuyant sous la pluie dans la célèbre montée, ou descente pour le coup, de Domancy. Seul, il résiste ensuite au retour des favoris vers le Mont Blanc en développant plus de 440 watts en troisième semaine de Tour après une étape éreintante. Quand l'Auvergnat disait se sentir fin prêt pour être au top en fin de Tour, on peut comprendre qu'il avait fait "le métier" les mois précédents lors de ses différents stages en altitude qui ne servent à rien d'autre en réalité qu'établir des programmes de charge à l'abri des contrôleurs de l'UCI. C'est sûr qu'en haut de la Sierra Nevada la nuit, à 2500 mètres d'altitude, avec Alejandro Valverde comme voisin de chambre, les vampires mettent toujours plus de temps à débarquer qu'à son domicile de Brioude...

 

Deux jours plus loin, Romain Bardet finit deuxième du Tour de France derrière l'intouchable Chris Vroom Vroom. Deux ans après Jean-Christophe Péraud et Thibaut Pinot, le voilà à son tour sur le podium du classement général à Paris. L'avenir comme la concurrence sont dorénavant dégagés. Péraud a chuté au Tour d'Italie pour sa dernière saison chez les pros quand Pinot a abandonné après être tombé malade dans les Pyrénées. L'Auvergnat joue encore le faux timide bien élevé derrière ces micros auquel il adore répondre. Il remercie son équipe alors que celle-ci n'a quasiment jamais été à la hauteur pendant trois semaines et pense à l'avenir : gagner le Tour de France. Cette deuxième place est pourtant un résultat en trompe l’œil, une performance inespérée dans une course cadenassée comme jamais suite à l'ultra-domination des Sky.

 

Dans la foulée à Rio, Bardet exige que l'équipe de France se sacrifie pour lui dans la course olympique afin qu'il puisse aller décrocher une médaille. Le jour J, Romain a de mauvaises sensations mais maintient ses équipiers autour de lui, plutôt que de les envoyer à l'avant lorsque Nibali attaque dans la descente de l'avant-dernier tour. Julian Alaphilippe, en gentil petit soldat obéissant, est piégé par son propre leader alors qu'il a des jambes de feu. Une fois que Bardet se gare, Alpahilippe rentre seul sur la tête de course dans la dernière montée au prix d'un terrible effort. Ce jump va lui rester dans les jambes lorsque Van Avermaet et Fuglsang sortent en contre derrière Majka en tête. Alaphilippe finira quatrième, la pire place au Jeux Olympiques, en grande partie à cause de Bardet...

 

Romain félicitera chaleureusement Julian à l'arrivée en parlant encore de son formidable esprit d'équipe qui lui est cher. Toujours de belles paroles dans un bon français. Toujours de beaux sourires pour l'intello auto-satisfait. La gueule et le ton de Guillaume Prébois, son père caché sans les seringues, Romain Bardet croit à 25 ans être devenu l'un des meilleurs coureurs du monde. A l'inverse d'un Thibaut Pinot ou d'un Julian Alaphilippe qui gagnent mais ne la ramènent pas, l'Auvergnat exaspère plus qu'autre chose. Jusqu'où, jusqu'à quand ?

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Published by Fangio
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